23/01/2006

Goodnight, and goodluck

Après avoir porté à l'écran les confessions schizophrènes de Chuck Barris, animateur télévisé des années 70 et présumé agent de la CIA, George Clooney remonte une nouvelle fois le temps et rend hommage à Edward R. Murrow, pionnier de la télévision américaine et journaliste star de la chaîne CBS, pour son combat médiatique contre le sénateur Joseph MacCarthy.

1958. Edward Murrow (David Strathairn) reçoit les honneurs de la profession. Dans l'ombre, l'homme écrase une dernière cigarette. En lieu et place des traditionnels remerciements, il livre une froide critique de la télévision, celle qui "nous divertit, nous trompe, nous appauvrit et nous isole". Epilogue avant l'heure, volontairement prophétique puis écran noir, et retour en 1953 avec l'éviction du Lieutenant Milo Radulovitch de l'US Air Force au titre des prétendues sympathies communistes de son père. Les preuves ? Une enveloppe dont personne ne semble réellement savoir ce qu'elle peut bien contenir. Conscient des entorses faites aux droits civiques par la paranoïa anti-communiste, l'équipe du magazine d'information See It Now décide de briser la loi d'équité en vigueur sur CBS et va décortiquer dans l'une de ses émissions les mécanismes de la peur mis en place par MacCarthy. Dénonciations médiatiques infondées, délation, ère du soupçon, le reportage met le doigt sur les avatars de la chasse aux sorcières... S'engage alors un bras de fer médiatique qui pour le sénateur contribuera à sa décrédibilisation, et pour Edward Murrow, à la déprogrammation de son émission du mardi soir au dimanche après midi.

Avec Goodnight, and goodluck George Clooney s'offre un film à l'esthétique remarquable tourné exclusivement en n&b, mariant images d'archives et reconstitutions habiles. Soutenu par des acteurs de grande qualité au premier rang desquels on ne manquera pas de citer David Strathairn pour sa performance, et notamment cette tension et cette large palette d'émotion qu'il réussit à communiquer dans un regard, un geste, une bouffée de cigarette. En élève appliqué George Clooney épure son propos au possible : économie des lieux, économie scénaristique aussi et c'est peut être là le seul reproche que l'on pourrait formuler à l'égard du film. Est-ce du à la l'incroyable présence de David Strathairn ou à une volonté de ne pas sortir de la trame principale ? Centré sur la joute médiatique entre le présentateur et le sénateur, le film en oublie ses seconds rôles et intrigues secondaires au point de les réléguer au rang de l'anecdotique. Quid du martyr du présentateur suicidé ou des époux Wershba ? Pour le reste, Goodnight and goodluck confirme les talents de réalisateur et d'acteur de George Clooney. On attends la suite ;)

Plus qu'un simple témoignage historique sur le MacCarthysme, Goodnight and goodluck offre une critique lucide de la politique de la peur à l'oeuvre sous la présidence de George W. Bush, ainsi que sur les dérives de la télévision à céder aux sirènes du divertissement pour tous. Un propos qui dans la France de 2006 trouve un écho tout particulier pour qui se souvient des dernières élections présidentielles et de l'avènement du Front National au second tour, ou au chapitre de la télévision qui "nous divertit, nous trompe, nous appauvrit et nous isole", de cette phrase d'Etienne Mougeotte : "ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible". La critique plane au dessus du film sans le phagociter, éclaire sans imposer, à vous de juger.

En attendant :

Goodnight, and goodluck

 

02/01/2006

Sex and the City : desperate singles ?

medium_sex_and_the_city.jpgAprès six saisons et quatre-vingt quatorze épisodes, c’en est fini de Sex and the City. Adaptée des chroniques de Candace Bushnell publiées dans le New-York Observer, la série raconte le quotidien de quatre new-yorkaises aux tempéraments et aux styles de vie radicalement différents.

Désespérément prude et fleur bleue, Charlotte aspire à fonder le foyer idéal, au contraire de Samantha insatiable dévoreuse d’homme dénuée de complexes, qui connaît et couche avec presque tout Manhattan. Miranda, en working girl boostée au speed dating, cumule les réussites professionnelles et les écueils sentimentaux quand Carrie, journaliste au New-York Star et shoppeuse complusive, cherche le grand amour entre deux paires de chez Dolce Gabana ou Manolo Blahnik. Leur point commun ? Toutes cherchent l’amour, chacune ayant bien entendu une conception toute personnelle de l’idéal masculin. C’est sur cette base que Carrie puise la matière d’une chronique hebdomadaire où, en véritable anthropologue du sexe, elle dissèque les relations hommes/femmes.

Cocktails, brunchs, défilés, soirées branchées, ou vernissages voici le décor dans lequel évoluent nos quatre trentenaires. L’upper class hype et mondaine vous ennuie ? Pas de panique, oubliez le vernis, les paillettes et les réactions outrageusement superficielles de Carrie et laissez vous emporter par les doux accords de ce quatuor insolite et parfois dissonant quand, autour d’un cosmopolitain ou d’une vodka martini, les quatre femmes les plus sexy de Manhattan abordent la question du sexe et des hommes sans retenue ni tabous. Dans une relation, à quel moment l’art du compromis devient-il compromettant ? Pour être en couple, faut-il mettre son ego au placard ? Jusqu’à quel point l’image du père compte t’elle ? Les questions abondent, et sans jamais sombrer dans l’introspection maladive, Carrie, Charlotte, Samantha et Miranda nous entraînent à leur suite dans leur trentaine, chacune avec son credo et ses incertitudes… Et si l’on peut reprocher quelques fois à la série de verser dans l’egotrip un brin superficiel, on ne peut lui enlever la franchise du ton, et la justesse avec laquelle chaque personnage se construit et évolue notamment au contact de son double masculin qu’il s’agisse de Steve, Jerry, Harry, ou de l’emblématique Mr Big. Au-delà des paillettes, il y a Miranda, peut être la plus « juste » face à la maternité et dans sa vie de famille, Samantha face à la maladie, Charlotte et son désir d’enfant, Carrie et son prince charmant…

« Another cosmopolitan ? »

Le rien à voir du jour, c'est une animation flash plutôt bien foutue qui montre par l'exemple comment la société du bonheur nous manipule. Tous jeunes, beaux, heureux et souriants ?