28/02/2006

Ferraille

C'est avec un plaisir non dissimulé, et accessoirement un petit peu de retard, que je vous annonce la parution du numéro 27 du désormais célèbre Ferraille Illustré. L'ambition reste la même, un journal "plus gros, plus long et plus ferme". A l'heure où seule la nouveauté prime, pourquoi diantre oser blogger sur un magazine vieux de presque deux mois ?! Et d'une, je suis de cette génération que Fluide Glacial ne fait pas forcément plus rire que ça et qui, guettant le messie qui saurait pondre un mensuel drôle, trash et moderne, salua l'arrivée salutaire du saint Ferraille avec soulagement.

Prenez ce fameux numéro 27 : Trondheim arpentant les couloirs de Telerama en ethnologue des tribus médiatico-journalistiques, Blutch et son petit Christin, Morvandiau et le marketing agressif, Guillaume Bouzard et le décervelage capitalistique ou encore la double page de Monsieur Vandermeulen, difficile de faire plus actuel et... corosif. Ferraille c'est mon Fluide Glacial à moi et OUI, je sais que c'estpaspareiletcommenttupeuxdireçablablabla, mais depuis la seconde édition du défunt festival de Bourg les Valence où j'avais pu arpenter les allées du Supermarché Ferraille, je suis un indécrotable fan. Je vois qu'au fonds de la salle y a encore de la bleusaille qui n'a toujours pas goûté aux spaghettis aphrodisiaques à la tomate et au poppers... Le foie gras de chômeurs non plus ? Fichtre... C'était au Point éphémère du 24 au 26 février dernier !

Try again... et gloire à Franky Baloney !

27/02/2006

I've heard that song before

Voilà bien deux semaines que je voulais vous parler de La Fugue, un ovni signé Pascal Blanchet aux éditions de la Pastèque. Une fresque prise au coeur de son histoire familiale, où il retrace les instants marquants de la vie de son grand père entre clubs de jazz et années sombres. Illustrateur plus qu'auteur de bande dessinée, Pascal Blanchet fait pourtant preuve d'un sens aigu de la narration et d'une esthétique très moderne, proche parente des personnages anguleux tels que ceux mis en scène par Sylvain Chomet dans les Triplettes de Belleville. Imprimé sur simili kraft, l'album emprunte aux tons beiges des carnets d'époque réhaussés de touches rouges. C'est un livre à la fois mélancolique, poétique et plein de vie très juste dans ses silences comme dans les quelques bribes de mots qui ponctuent le récit. On aime ces instants volés, le swing des années 30 et la playlist proposée en fin de volume, "idéale pour aller chez votre disquaire" ... après un détour par votre librairie préférée bien sûr.

Plus d'infos ?
  • le blog de la Pastèque
  • quelques images du futur album de l'ami Blanchet
  • le site de l'agence Jacqueline Dedell pour laquelle travaille l'illustrateur

26/02/2006

Vous jouez où avec le votre ?

medium_hillary.0.jpgJe blog, tu blog, il blog, nous bloggons... la blogosphère explose avec plus de 75.000 nouveaux blogs par jour. Mais concrètement, qu'est ce qu'on se raconte à longueur de blogs ? Nos petits secrets sous couvert d'anonymat numérique ? Pas si sûr. Au risque de froisser certaines susceptibilités ou de réveler quelques secrets jusqu'ici bien gardés, l'autocensure guette. Et c'est bien là tout l'intérêt du blog créé en 2004 par Frank Warren. Le principe est simple, chaque semaine sont mises en ligne une série de cartes postales réalisées par un anonyme révélant un secret... un vrai cette fois. Postsecret, c'est un concentré d'art brut, d'expression décomplexée de l'intime, là où les fils rss guettent...

Pour rester dans la sphère de l'intime, j'ai reçu ce matin dans ma boîte un bouquin coédité par Arte et {Les Petits matins}. On en parle ici et , et en guise d'introduction, direction Arte Radio pour écouter quelques bons mots sur les plaisirs solitaires.

13/02/2006

Sous le soleil d'Austerlitz

Shandy (vol. 2) : Le Dragon d'Austerlitz
Matz, Bertail
éditions Delcourt

J'avais gardé du premier tome de Shandy le goût amer d'un second rendez-vous manqué. Certes j'y retrouvais Dominique Bertail, auteur de l'étonnant, et malheureusement resté discret, Homme Nuit paru aux éditions Alain Beaulet, et pourtant... ce premier volume avait laissé l'empreinte d'un certain déséquilibre. Non que l'esprit du siècle en soit absent, l'évocation filée de l'Abbaye dans la forêt de chênes de Caspar David Friedrich en confesse l'héritage romantique, simplement, au delà d'une justesse graphique délicieusement envoûtante - j'y avais retrouvé quelque chose de l'univers onirique du Capitaine écarlate d'Emmanuel Guibert - l'album souffrait, selon moi, d'une mise en couleur, d'un découpage et d'une trame scénaristique inégale. Fruit d'une collaboration naissante, l'album augurait toutefois du possible renouvellement d'un genre historique passablement moribond.

"Vous êtes un beau jeune homme Shandy, plein de vie, un rêveur et un idéaliste"

medium_shandy2_1.4.jpgPassé l'intrigue prétexte du premier tome, Le Dragon d'Austerlitz plonge Shandy au coeur de la bataille des Trois Empereurs. Admis dans un des régiments de dragons de la Grande Armée, il y fera son apprentissage du feu et retrouvera au passage deux personnages clés du premier volume, pièces maitresses d'un échiquier dont on peine toujours à déméler les enjeux. Le triangle amoureux se met en place sur fonds de complots supposés et Dorigo s'affirme comme le contre-modèle obligé de Shandy. Lui ne découvre pas le monde, ne cherche pas l'aventure, ni les chemins qui "feront de lui un homme", il est la réalité pragmatique d'un agent au service de l'Etat... et de ses ambitions personnelles. Austerlitz est pour Shandy l'occasion d'un baptême par les armes autant que du deuil d'un certain idéal romantique.

"Une fois sur le champs de bataille il n'y a plus que la vie et la mort, la victoire et la défaite, la gloire et le déshonneur, le courage et la lâcheté. Les idéaux ne suffisent pas toujours à faire un bon soldat."

medium_shandy2_cavalerie.jpgAprès un premier opus hésitant, Matz et Bertail réalisent avec Le Dragon d'Austerlitz un véritable coup de maître. Le cadre et les personnages désormais posés, l'histoire est en marche soutenue par la maestria graphique de Dominique Bertail. Moins inégal que le premier tome et plus cohérent visuellement, l'album offre une mise en couleur maitrisée, et des ambiances et jeux de lumières tout à fait surprenants. Mais c'est surtout par son découpage et sa mise en scène que l'album se distingue. Bertail multiplie le nombre de cases, impose un rythme, fixe des expressions rappelant l'imagerie du dix neuvième siècle et donnant à chaque instant un peu plus corps au récit. Offrant une lecture "cinématographique" assumée de son oeuvre, il joue des différentes échelles de plan fixant dans un plan large un lieu, une athmosphère, ou un temps propice aux récitatifs qu'il ne limite qu'au strict minimum. La séquence de la bataille, que l'on sent inspirée des tableaux de guerre de l'époque, est un modèle du genre. Dans la plaine morave immaculée, les troupes coalisées tombent sous le feu des troupes françaises, l'air brunit. Sur le flanc est, les dragons attendent puis lancent l'assault pour repousser l'ennemi sur le lac gelé. La charge est brutale, sauvage rendue par une double page à fond perdu tout en puissance. La terre tremble à la simple lecture de ces planches : une émotion brute évoquée avec une rare maîtrise. Dans la double page suivante, sur un champs de bataille abandonné aux morts, Shandy est à terre, l'ombre plane sur la plaine. Le regard perdu dans le vague il ne voit pas Dorigo et fixe les fuyards noyés sous le feu des canons dans les eaux gelées du lac.

Le Dragon d'Austerlitz est indéniablement un des albums majeurs de ce début d'année témoignant d'une maîtrise narrative et graphique peu commune. Loin des canons traditionnels du genre, Shandy explore une période sous-exploitée de l'histoire de France. L'occasion de délaisser quelques instants les éternels complots esotérico-moyenâgeux pour la mythologie entourant le Premier Empire, ainsi que l'inévitable esprit romantique.

Plus d'infos ?
Le site officiel de la série...
... et l'inévitable Coconino avec planches, storyboards, et essais de couvertures : indispensable !

08/02/2006

Lord of War

Aujourd'hui tout est affaire de tendance, et la tendance du jour est à la croisade anti-Bush. Oubliée la faillite post 9/11 ou l'inefficace campagne pro-Kerry, la nouvelle critique branchée de la gauche américaine monte au créneau. Lorsque le succès est au rendez-vous, cela donne Goodnight, and goodluck, hélas, au royaume des Chomsky, Moore et Clooney, les élus ne sont pas légion et... autant vous épargner un bien inutile suspense, Lord of War, en dépit d'indéniables qualités n'en fait pas partie.

"Un homme sur douze est armé sur cette planète. La seule question est : comment armer les onze autres ?"

Yuri Orlov (Nicolas Cage) est un immigré d'origine Ukrainienne, juif par nécessité, à l'heure où certes on ne parle plus de guerre froide, mais encore tout de même de guerre fraîche. En plein coeur de Little Odessa, au sud-est de Brooklyn, les perspectives d'avenir ne sont guère reluisantes, et quitte à faire de grandes choses, pourquoi ne pas céder à la douce mélodie ballistique des armes ? Pris dans une fusillade, Yuri décide de consacrer sa vie à satisfaire la pulsion primaire des hommes à s'entretuer.

"Je ne souhaite la mort de personne. Je ne braque personne pour l'obliger à tirer. J'admets qu'un feu nourri est bon pour le commerce, mais je préfère que les gens ratent leur cible... pourvu qu'ils tirent."

Du producteur au consommateur. Après avoir suivi le trajet d'une balle de l'usine d'armement au corps du jeune africain dans le corps duquel elle repose, se déroule le fil des mémoires de Yuri, des premières années jusqu'à son apogée. Entre anecdote et bilan de carrière, celui-ci égrenne ses souvenirs, non sans un certain cynisme volontiers drolatique. Sans jamais réellement entrer au coeur de son sujet, Andrew Niccol survole sans analyser, distrait sans toucher et encore moins convaincre. Non que le film m'ait déplu, j'ai même plutôt passé un bon moment, simplement, le prétexte de la critique anti marchands de mort, sonne un peu creux. Là où Goodnight, and goodluck, jouant d'images d'archives et d'un scénario épuré au possible, parvenait à mobiliser le spectateur autour du double message anti-bush et anti-média qui décervelent, Lord of War créée une distance en évacuant la prise de conscience du "documentaire" pour la fiction.

On aimera le personnage de Nicolas Cage pour les mêmes raisons que l'on reprochera au film son manque de mordant : pour ce mariage voulu entre le témoignage d'une réalité concrète (s'enrichir sur le dos des pauvres en leur vendant des armes pour qu'ils s'entretuent) et les sourires qu'il nous arrache constamment. Au jeu des mémoires cyniques d'un marchand d'arme non repenti, Nicolas Cage tire son épingle du jeu à la différence d'Ethan Hawke, trop gentil garçon, trop naïf pour convaincre en agent d'Interpol intègre et droit. Volontaire sacrifié sur l'autel de la bonne morale, Vitaly Orlov, le frère de Yuri, cherche sa place dans le monde, tout comme Jared Leto qui l'incarne cherche une place dans ce film sans réellement y parvenir. Belle, lisse mais sans grande âme, Bridget Moynahan fait quant à elle les frais de la sous-exploitation de son personnage, dommage.

"Comme le dit le proverbe, est-ce que le mal triomphe lorsque les justes échouent, ou est-ce que le mal triomphe quoi qu'il arrive ?"

Au final, Lord of War est un bon film, un très bon film même si on sait lui enlever l'ambition première du message politique auquel cas, il apparait fort peu crédible. Ainsi en est-il des mentions "tiré de faits réels", ou le palmarès des plus gros marchands d'armes du monde (les cinq membres du conseil de sécurité de l'ONU, waou !), au générique de fin qui relèvent plus de l'anecdotique. Si près et pourtant si loin, c'est tout le paradoxe du film incarné dans sa toute dernière scène. Le monologue de Nicolas Cage dans son face à face avec l'agent Valentine d'Interpol sonne juste, le pathos familial beaucoup moins. Intéressant, informatif et divertissant donc, mais sans plus.

Liens
Le site officiel du film
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