26/04/2006

Hand in my pocket

medium_slpj05_visuel_rvb.jpg
Je viens de retrouver cette note écrite au lendemain de l'ouverture du salon du livre jeunesse de Montreuil. Plutôt que de le garder pour moi, je vous le livre, bien qu'inachevé, dans sa version originale. Je poursuivrai très certainement plus tard autour de ce même sujet qui s'est tout récemment enrichi de conversations avec d'autres acteurs du secteur.
 
Le salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil a ouvert ses portes mercredi matin aux alentours de neuf heures. Baptême du livre réussi puisqu'en dépit d'une journée passée à éviter enfants, sacs à dos, cris, hurlements et autres distributions d'affiches, j'ai survécu... en attendant les prochains jours et les défilés de scolaires.

Je n'ai pas encore eu le temps de parcourir l'ensemble des stands présents, mais j'ai eu l'opportunité de m'entretenir avec Yvan Alagbé, éditeur emblématique de la mouvance indépendante du début des années 90, et responsable des éditions Frémok qui participait à une animation dans la salle rencontre de l'Archipel BD. Un espace spécifiquement mis en place, en marge de la production spécifiquement "jeunesse" du salon pour présenter une sélection de livres, majoritairement de bande dessinée, mais aussi de livres de photo ou d'illustration, d'éditeurs "alternatifs" dirons-nous pour ne froisser aucune des sensibilités éditoriales par un abus de langage bien involontaire.

Si le thème de la discussion était centré autour du travail de Marko Turinen, j'ai profité de ce trop rare instant privilégié pour l'interroger sur l'évolution du regard du public sur ces 15 années de recherches et d'expérimentations graphiques, ainsi que sur l'avenir des éditions Frémok dans les années qui viennent. Après une quinzaine d'années d'existence, le bilan semble plutôt positif. Renouvellement d'un secteur empêtré dans ses contradictions, mais surtout émergence d'une nouvelle génération d'auteurs dont on ne rappelera jamais assez qu'ils ont ouvert le médium à de nouvelles perspectives. Il aura fallu attendre la fin des années 90 pour voir les médias progressivement s'y intéresser et quelques années supplémentaires pour qu'une femme (mais pouvait-il en être réellement autrement ?) officialise ce courant aux yeux du grand public.

Bande dessinée underground, indépendante, alternative, littérature graphique ou quelqu'autre terme que ce soit, c'est à l'heure où le public (bd ou non) paraît plus ouvert, que la génération 90 semble traverser une "crise" identitaire. Rappelez vous il y a quelques mois, le polémique ouvrage de Jean Christophe Menu, Plates Bandes, en avait évoqué les premiers symptomes. Si la décénie 90 aura permis d'imposer des référents aux yeux du grand public et des médias en marquant une différence (symbolisée par la collection Ciboulette de l'Association), les années 2000 auront été celles de la récupération. Ecritures, Encrages, Tohu Bohu... ces diverses collections furent, avec des fortunes diverses, les premières à tenter de grignoter les plates bandes de nos chers amis alternatifs. Mais le plus grand des subterfuges était à venir et pris les traits d'un simulacre de renaissance. Après plus d'une décénie d'absence Futuropolis renaissait de ses cendres sous la houlette d'un bien étrange duo formé par les sociétés Gallimard et Soleil.

En marge de la "grande illusion", d'autres nouveaux venus dans le secteur montraient tout de même de bien belles choses. Le Seuil s'affirmait, Denoël graphic se relançait au même titre qu'Actes Sud, dont la biographie de Kafka par Crumb ou l'adaptation de la Cité de Verre de Paul Auster par David Mazzuchelli et Paul Karazik étaient longtemps restés les seuls titres au catalogue, qui lançait un audacieux programme démontrant s'il était nécessaire, qu'un cycle venait de prendre fin.

Comment se positionner pour une structure "à part" telle que le Frémok ? Entrer dans la ronde de l'inflation et du tourbillon des nouveautés ? A l'heure où les offices s'empâtent, où les livres fantômes disparaissent plus vite qu'ils ne sont venus, le Frémok est à contre courant. Moins de titre pour plus de visibilité, tel est le nouveau crédo. En multipliant les expositions, conférences et rencontres, le Frémok donne le temps de la parole aux artistes qu'il édite. Le modèle économique est inédit dans le paysage de la bande dessinée actuel où même la mouvance alternative semble parfois prise d'une surpublicationite aigue. De là, nous abordons la question de la bibliodiversité qu'il défend depuis maintenant quelques années via co-errances, coopérative de diffusion. La marge s'enrichie de problématiques nouvelles, où elle puise les raisons de son existence avec toujours cette même exigence éditoriale qui la rend indispensable, et... visible pour peu que l'on sache sortir des sentiers battus.

23/04/2006

Mondo fragile

A fureter dans les rayonnages de nos belles librairies, dont il faudra par ailleurs un jour que je vous livre mes adresses préférées, il arrive que l'on découvre de belles choses, un livre inattendu qui nous transporte et nous procure un instantané de plaisir, prolongé le soir même lorsqu'est venu le temps d'entrouvrir les pages de notre précieuse découverte du jour.

Au fil du temps et à mesure que les mots s'écoulent, notre oeil s'aiguise et démesurément, notre appétit de nouveauté grandi. Ce que cherche le grand lecteur ? De la surprise, du jamais vu, en un mot : de l'audace. Le grand lecteur, c'est un amoureux en quête perpétuelle de sensations nouvelles. Il s'informe, tâtonne, questionne, soupèse, hume la douce odeur de l'encre fraichement imprimée. Lecteur systématique et passionné, il est parfois libraire, ou éditeur. Les grands producteurs de papiers imprimés lui sont étranger et pourtant il en côtoie les plus désastreux rejetons sur les étalages des espaces contre culturels entièrement dédiés à la palette et au bien être du saint chiffre d'affaire. Relisez le célèbre article de Jerôme Lindon, L'édition sans éditeurs, publé dans le monde en 1998 (reproduit ici) ainsi que le non moins célèbre livre éponyme de Schiffrin : un bon livre est un livre qui se vend... vite, trois mois, pas plus, et quoi qu'il arrive, deux semaines après sa parution il sera dors et déja remplacé par un autre.

Naïvement, je suis de ceux qui aiment lire et qui pensent qu'il faut encourager la création, l'originalité : cette fameuse audace que tous recherchent.

Je m'aperçois que d'une simple phrase introductive sur le plaisir de lire et découvrir, je me suis bêtement laissé entrainé dans une longue digression que ne renierait pas le célèbre héros de Laurence Stern. Peut être est-ce le souffle d'Hubert Nyssen dont je lisais encore tout à l'heure les notes passionnées.

Tout cela pour vous faire partager la découverte d'un livre plus surprenant qu'audacieux : MONDOFRAGILE. Le livre est un recueil d'illustrations qui s'articule autour du travail de 24 illustrateurs japonais contemporains. Tous travaillent dans le secteur de la mode et témoignent d'une culture graphique tiraillée entre la tradition japonaise et ses folies kawaï, et l'inspiration européenne. A noter qu'un second volume a paru en fin d'année dernière toujours chez Gingko Press. Des extraits du premier volume sont disponibles en ligne.

20/04/2006

New York, New York

medium_daily0420.3.jpgArt Spiegelman, Charles Burns, Anders Nilsen et Seth étaient rassemblés hier soir à SoHo pour le lancement de la toute nouvelle collection Graphic Classics chez Penguin le célèbre éditeur de livre de poche. Outre les dessinateurs sus-cités, la collection accueillera Chris Ware qui illustrera Candide de Voltaire, Chester Brown pour L'Amant de Lady Chaterley, mais aussi Jason, Frank Miller, et bien d'autres.

Par ailleurs, Drawn! nous apprend que Chris Ware vient d'achever la vingt-neuvième page de sa bande dessinée réalisée pour les Funny Pages du New York Times. L'intégralité des pages de The Building est disponible en ligne au format pdf. Une bonne lecture pour le week-end.

19/04/2006

Ilana Kohn

Diplomée du Pratt Institute, Ilana Kohn est originaire de Washington. Illustratrice freelance, elle vit à Brooklyn et a notamment travaillé pour le New York Times, le LA Weekly, le Stranger, et le Washington City Paper. Mélangeant habilement peinture et collages, elle s'est rapidement créée un univers bien à elle, comme l'illustre son portfolio disponible sur son site web.

Plus d'infos ici

16/04/2006

Lettre à un jeune écrivain

Auteure de La Guerre, l'Amérique chez Buchet Chastel (Goncourt du premier roman 2003), et de La conquête de l'Est au Mercure de France, Claire Delannoy dédie son nouvel ouvrage à ce jeune écrivain inconnu qu'elle croise au détour des nombreux manuscrits que son activité d'éditrice chez Albin Michel draîne sur son bureau depuis maintenant 25 ans. Témoignant de sa propre expérience, ou empruntant les bons mots d'auteurs confirmés, Claire Delannoy évoque son métier, la nécessité d'écrire, et propose sept règles d'or censées garantir, non pas le succès sans quoi "le roman aurait perdu tout mystère et l'édition ne serait qu'une entreprise commerciale à rentabilité assurée", mais une certaine qualité d'écriture et de narration, adaptée au "lecteur contemporain, plus fragile, démuni et impatient." Cette Lettre à un jeune écrivain n'est pas un manuel, encore moins une recette miracle, mais un simple compte rendu d'expérience. La partie "édition" a bien évidemment plus retenu mon attention que le reste encore qu'il est intéressant d'avoir le double point de vue d'un écrivain/éditeur au fait des impératifs de l'éditeur et des questions de l'écrivain. Rien de révolutionnaire donc, mais une lecture instructive pour qui s'intéresse au petit monde des livres.

Monsieur Vandermeulen s'expose

L'ami Vandermeulen m'informe qu'une exposition de ses originaux se tiendra du 1er au 14 mai à la librairie galerie Le Monte-en-l'air située 6 rue des Panoyaux à Paris dans le vingtième arrondissement (métro Ménilmontant). L'occasion de redécouvrir l'étonnante biographie de Fritz Haber, chimiste juif allemand du début du siècle, parue aux éditions Delcourt en octobre 2005. Un livre indispensable tant David Vandermeulen a su capter en véritable historien, car c'est bien de cela dont il fait oeuvre, L'Esprit du temps, ce "Monde d'hier" décrit avec force nostalgie par Stefan Zweig en 1941 peu de temps avant sa mort. Plus que le témoignage historique sur une personnalité sujette à controverse, il a su donner corps à l'Allemagne des années 1900 grâce notamment à un travail graphique tout à fait remarquable, usant de touches d'eau de javel sur ses couleurs créant ainsi l'illusion de "l'image d'époque", impression renforcée par les dialogues en bas de case, ou ces cadres narratifs caractéristiques des premiers films muets. Mais je m'éloigne de mon sujet d'origine et pour plus de détails, je vous invite à consulter cette interview réalisée par Actua BD, ainsi que le mini-site réalisé par les éditions Delcourt où l'on retrouve quelques extraits de l'album.

medium_cartonhaber1.jpg

14/04/2006

The Umezu's vintage horror show

L'Ecole emportée (t1)
Kazuo Umezu
Glénat

Extrait du communiqué de presse de l'éditeur :

L'Ecole emportée, son manga le plus célèbre, narre la disparition brutale d'une école primaire et de tous ses occupants, mystérieusement projetée dans un monde désertique, dépourvu de vie, où le sable dispute à un ciel aux brumes obscures les limites incertaines de l'horizon noir. Complètement dépassés par la situation, les adultes chargés de la protection des enfants vont se révéler incapables d'assurer leur rôle. Certains laisseront libre cours à leur folie naissante, d'autres préfèreront le suicide. C'est dans ce monde que les enfants, désemparés, à court de repères tant familiaux que géographiques, se devront à eux seuls de s'accorder l'espoir d'une survie improbable.

La lecture du premier tome achevée, on ne peut s'empêcher de penser au roman de Golding publié en 1954 : Sa Majesté des Mouches, mais aussi à ces quelques mots de Michaux sur les "animaux fantastiques" :

Avec simplicité les animaux fantastiques sortent des angoisses et des obsessions et sont lancés au-dehors sur les murs des chambres où personne ne les aperçoit que leur créateur. La maladie accouche, infatigablement, d’une création animale inégalable. Dès le premier malaise, ils sortent des tapisseries les plus simples, grimaçant à la moindre courbe, profitant d’une ligne verticale pour s’élancer, grossis de la force immense de la maladie et de l’effort pour en triompher ; animaux qui donnent des inquiétudes, à qui on ne peut s’opposer efficacement, dont on ne peut deviner comment ils vont se mouvoir, qui ont des pattes et des appendices en tous sens.
[…] Le malade est dans son lit, sous des couvertures plus lourdes que lui-même et sa main pendante, faible comme bandage défait. Quel animal n’en profiterait ? Juste revanche. Des loups viennent mordre le poignet sans détente, et la main qui s’épuise […] Impuissance, puissance des autres.

A la manière des Animaux fantastiques, Kazuo Umezu s'applique à faire renaitre chez les adultes ces "reliquats d'angoisses" que sont les peurs infantiles, mais pour cela, il lui faut un cadre, cette "île" où Golding faisait s'échouer ses personnages et qui serait le théatre de sa critique sociologique. En projetant enfants et professeurs dans un futur incertain, Umezu fait de la disparition de l'école le catalyseur du démantèlement social. Ainsi, dès la fin du premier volume, la loi des adultes s'effrite et ce sont les enfants qui symboliquement enterrent le monde des adultes à travers le corps de leurs professeurs assassinés. N'ayant lu que le premier tome de la série, il m'est difficile de me projeter plus avant dans l'histoire ou d'établir des perspectives toutefois, on peut penser que les enfants ne manqueront pas de se montrer les dignes héritiers de Ralph, Piggy et Jack, les héros du roman de Golding.

En un mot plus qu'en un long discours, L'Ecole emportée est un "classique". Classique pour l'abondance de références datées renvoyant à toute une imagerie traditionnelle qui en font une oeuvre de patrimoine. Les dialogues ,parfois inadaptés à ceux qui les énoncent, les attitudes des personnages en constant "surjeu" et les mises en scènes, notamment le jeu des échelles de plans ou la surutilisation des traînées de vitesse à chacune des pages, donnent à l'ensemble un charme indéniablement suranné. Déconcerté dans un premier temps voir amusé, le lecteur finit par se laisser prendre au jeu tant l'excès et la caricature sont à la source du genre. Impression d'autant plus renforcée que l'horreur est facile dès lors que l'on y implique des enfants : ainsi le père/professeur mutilant son propre enfant pour obtenir l'obéissance de tous ou le concierge affable devenu assassin pour quelques miches de pain...

A la rencontre de Michaux et Golding, Kazuo Umezu sait nous faire oublier les artifices du genre, dissimuler ses propres ficelles et l'on délaisse bien vite l'analyse au profit de l'histoire, la trentaine d'années qui nous sépare de la création pour la logique sociale qu'elle dépeint, mais aussi pour le plaisir du genre et parce que même adulte, on aime parfois continuer à se faire peur.

>>> Disponible sur Amazon

Quelques extraits trouvés sur le net : 1 - 2 - 3 (en VF)

Petit aparté pour vous inviter à vous rendre sur le blog de la Boîte à Images pour y consulter quelques exemples d'affiches réalisées par des graphistes iraniens. Etonnant.

03/04/2006

Génération X ?

Demi-course et casquette Motul (t1)
Christophe Gaultier
Dupuis, coll. Expresso

La génération X nait de la plume de Douglas Coupland dans son roman éponyme. Une génération désenchantée qui succède en occident aux générations du baby boom, soit du début des années 60 à la fin des années 70. Christophe Gaultier a 7 ans lorsque sa famille s'installe au Clos de la flèche à Chateauroux en 1976, et pour lui, le X n'évoque rien d'autre qu'une avarie génétique l'empêchant de se tenir les pieds joints. Alors forcément, il engloutit des produits laitiers, calcium oblige, fait ses courses chez Mamouth, écoute cloclo et fantasme sur les touffes des calendriers Pirelli avec Philippe Grapouillot, allié de choix dans la lutte contre les frères Pottier.

Philiiiiiiiippe GRRRAAPOUILLÖÖÖÖÖT ! Tu es un âne Philippe GrapouilloOoOoOoOot ! Un ÂÂÂNNE !

Annoncé sur son blog, et attendu de longue date, Demi-course et casquette Motul tire sa substance de la folle jeunesse de son auteur. On retrouve avec bonheur l'univers graphique de Kuklos ou de Banquise (mea culpa je n'ai pas lu Le Cirque Aléatoire) finalement assez proche d'un Gipi. Plus orienté humour que les ouvrages sus-cités, Christophe Gaultier excelle dans l'excès, de la lente complainte solitaire à l'attaque au lance pisse sanctionnée par deux trois bourre pifs. Enfants nés de la génération X, jusqu'aux premières victimes de la génération 80, Demi-course et casquette Motul est pour vous. Au delà du concentré d'humour et d'évocation seventies, l'album confirme tout le talent d'un auteur révélé par la défunte collection Lattitudes.


>>> Disponible sur Amazon

Pour vous ouvrir l'appétit, une interview de Christophe Gaultier sur son album et ses projets à venir, ainsi que les deux premières pages de l'album :

medium_course-01-f-01.jpg
medium_course-01-f-02.jpg

Toutes les notes