30/05/2006

Me, myself and I

Ces dernières années, tout observateur un tant soit peu perspicace a pu constater qu'un verrou avait sauté : Après tous ces "producteurs BD d'industrie polluante", voilà que tous les éditeurs de littérature improvisent désormais de publier de la bande dessinée d'auteur !... Et nous les voyons tous, comme au défilé, suivre en rangs serrés, la voie que nous leur avons tracée. Nus avions fait pousser de beaux jardins, à côté de leurs bétonnières et leur armée vient maintenant tout labourer. Seulement, pouvaient-ils imaginer une seule seconde que nous pourrions avoir l'idée de faire le tour du champ de bataille pour récolter les abricots lisses et juteux de leurs si prestigieux vergers laissés sans surveillance ?!...

En un mot plus qu'un long discours : refusons l'écriture du marché ! Ca, le Frémok nous avait déjà mis en garde... mais ne nous privons pas d'aller chasser sur les terres riches (fertiles ?) des "obscurs faiseurs de livres sans images". Ca, en revanche, c'est nouveau. Après tout, puisqu'ils osent venir grignoter notre chasse gardée, osons ! Un brin corporatiste, vous ne trouvez pas ? Ah, cette fameuse "voie que nous leur avons tracée". Les gardiens du tombeau veillent au grain face aux hordes capitalistiques, puisant dans leur antériorité le privilège du bon goût. Allons, c'est de bonne guerre, et aussi volontairement ironique.

Tiens, puisque l'on parle des nouveaux "alternatifs" citons Menu qui dès Plates-bandes, et tout récemment dans une interview, s'exprimait sur la question :

La vraie concurrence vient des éditeurs qui travaillent correctement. Les maisons d’édition qui se mettent à la bande dessinée — Actes Sud, Gallimard — font du bon boulot. C’est à dire qu’elles ne flambent pas comme le fait Futuropolis. Elles commencent sagement, elles sortent quatre titres, Bayou et Actes Sud ont un prix à Angoulême. Ce sont des gens qui la jouent subtil et que l’on peut respecter. Le risque vient de ces maisons littéraires qui vont ramener à elles plus d’auteurs confirmés et novateurs, qui donc peuvent à long terme mettre en danger les indépendants.

Mais revenons à nos moutons, et aux verts paturâges de la littérature. C'est désormais officiel (Livres Hebdo 647), Ego Comme X se joindra au bal de la rentrée littéraire avec deux titres : L'illusionniste de Virginie Cady et Sida Mental de Lionel Tran, tous deux auteurs de bande dessinée de même que Fabrice Neaud qui publiera en janvier Le retrait du monde adapté de son blog. C'est Loïc Néhou qui prendra logiquement en charge le secteur littérature. Je dis logiquement car je me souviens l'avoir entendu aborder le sujet lors de la deuxième édition du festival de Bourg les Valence. Il évoquait son intérêt premier pour la littérature et la filiation que l'on pouvait établir avec ses choix éditoriaux en matière de bande dessinée. La création d'une telle collection n'est donc que le prolongement logique de ce parcours.

Le challenge est à la mesure du secteur. La littérature fait partie des poids lourds de l'édition et les problématiques communes que sont la surproduction et l'absence de visibilité qu'elle entraine sont ici exacerbées. Surtout, il y a fort à parier (et à craindre) que les premiers titres soient classés en bande dessinée. Je vois d'ici la scène... Prenez une Fnac lambda et un vendeur lambda. Ego Comme X + auteur de bd sur la couverture = rayon BD. En plus d'imposer des titres, il faudra se construire une image auprès d'un public à qui les noms de Virginie Cady ou Lionel Tran ne parlent pas forcément. Fabrice Neaud un peu plus, Journal oblige. Quelques auteurs plus "marqués" littérature Jean Teulé par exemple, et pourquoi pas Chloé Delaume (allez savoir pourquoi son nom me vient à l'esprit) permettraient peut-être de poser quelques repères.

A suivre, et surtout, à lire.

"L'art relève du monde de la différence : chaque personnalité une fois ses moyens d'expression en mains, a voix au chapitre"
.

Paul Klee

26/05/2006

Blablablog

"Bonjour, je peux vous être utile ?". La bloggeuse est blonde, trentenaire et travaille dans une maison d'édition bien connue des quelques bédéphiles fréquentant ce blog. Vous ne voyez toujours pas ? Princesse Capiton bien sûr, incultes de la blogosphère... Et bien les nouvelles se bousculent de son côté avec une interview people pour le journal du blogue sur France 5, et surtout, la preview de son album qui trouvera, on l'espère, éditeur à son pied... Histoire plus ou moins autobiographique de la "blonde de l'accueil", d'une trentaire solitaire, de rencontres sur internet et d'amours qui filent. Une histoire parallèle, toujours scénarisée par Sib mais dessinée par Poipoipanda, est en préparation et racontera l'histoire de Simon durant cette même année. Deux facettes d'une seule et même histoire dont on espère la trouver très bientôt chez nos amis libraires.

Et puisque l'on parle blog, petit passage obligé par les humeurs (mauvaises) de James et de la tête X. Critiques, starlettes, parades ultimes, mis à part l'absence de fils rss, j'adore ! "En France, on a pas de mangas, mais on a des idées !". Ca au moins, c'est fait.

23/05/2006

Sur un air de copinage

medium_vassant_exlibris_1144586545.2.jpgUne toute petite note pour vous signaler la parution de plusieurs ouvrages autour de quelqu'un que je connais plutôt bien puisqu'il s'agit de Sébastien Vassant, co-créateur avec Laëtitia Cassan de la Boîte d'Aluminium, et avec qui j'ai fait un bout de chemin.

Amateur de Joann Sfar, Daniel Clowes ou du défunt Will Eisner, Sebastien a publié ses premières pages dans la Tartine de choco, un fanzine créé lors de ses études à l'Institut Saint Luc en Belgique. Il a ensuite créée sa propre structure la Boîte d'Aluminium avec pour ambition d'ouvrir les frontières parfois trop étriquées de la bande dessinée à des auteurs venus d'Europe, d'Amérique ou d'Asie. Une ouverture marquée par la naissance d'un partenariat avec le collectif slovène Stripburger. Plusieurs recueils ont paru : La Boîte d'Aluminium #1, le Vélo 33b, et l'an dernier Mococo, probablement le plus abouti et le plus riche. Début 2006, les deux premiers livres d'auteurs sont publiés, il s'agit de Cours Intérieures de Koren Shadmi découvert dans Mococo, un recueil halluciné d'histoires courtes, plein d'images fortes et soutenues par un trait fin, élégant et maitrisé et d'Une journée bien pourrie complètement aux antipodes, écrit et scénarisé par Fifi, auteur que l'on a pu voir du côté de l'Employé du moi, ou des Requins Marteaux si mes souvenir son exact. Histoire d'une cassette porno achetée aux puces, de starlettes déchues des dessins animés de notre enfance, de Goldorak et de notes de bar allongées. Trash, drôle et forcément... indispensable !

Mais revenons à Sébastien qui, entre son quotidien de libraire, ses activités d'éditeur et son blog, trouve le temps de publier quelques titres dont Comment je me suis fait suicider aux éditions 6 pieds sous Terre, avec Loïc Dauvillier au scénario. Une histoire finalement assez proche du Philibert de Marilou de Capucine et Olivier Ka publié au Cycliste. L'histoire d'une étrange rencontre au saut du lit. Toujours disponible aussi : Rodney contre les Robots publié aux éditions Carabas, avec des cowboys et des robots géants ! Côté projets, pas mal de choses à l'horizon 2006 et 2007 à commencer par l'adaptation fleuve de Pinocchio, ou El Mexicano, toujours chez Carabas, l'Accablante Apathie des Dimanches à Rosbif ou King Richard Trois d'après l'oeuvre de Shakespeare !

En attendant, vous pouvez toujours écouter l'interview réalisée par la Radio de la Méduse !

16/05/2006

Another World

medium_anotherworld_640.jpgDécouvrant, il y a quelques semaines de cela, la note d'Erwan Cario au sujet d'Another World, je lui avais posé dans la foulée la question la plus difficile qui soit. Quels étaient ses cinq jeux préférés toutes périodes, supports et genres confondus. Une question que je me suis moi-même posée avant de réaliser l'extrême difficulté de l'entreprise... Une chose est sûre, la préselection ne pourrait faire l'économie de quelques noms, aux premiers rangs desquels on trouverait à n'en pas douter Another World d'Eric Chahi.

Il est toutefois difficile d'expliquer à posteriori l'engouement suscité par ce jeu, si on ne le resitue pas dans le contexte de sa sortie. Au début des années 90, le jeu vidéo se complait dans une certaine norme faite de 2D, de scrolling horizontal, de plateformes et de héros multi-revisités. Another World, c'est l'émergence du jeu vidéo à l'âge adulte. Ma phrase en fera sursauter plus d'un, tant il n'est pas le premier à s'adresser à un tel public. Tout vient de la démarche, de la motivation artistique dont résulte un univers étrange et profondément "immersif". L'absence de ce que l'on appellerai aujourd'hui le HUD, des cinématiques inclusent dans le déroulé scénaristique du jeu, l'enrichissement de la physique "à la Prince of Persia", et surtout une histoire sans fin, un univers à la fois ouvert et aussi mystérieux pour le joueur qu'il ne l'est pour le héros.

L'histoire en deux mots, c'est celle de Lester Chaykin, chercheur en physique des particules qui, suite à une expérience ratée, se retrouve projeté dans une dimension parallèle où, rapidement capturé, il fera la connaissance d'un alien qui l'accompagnera dans sa tentative d'évasion. Tout le reste ne sera que le résultat de vos initiatives, et il vous faudra batailler ferme pour survivre. Oubliez les sauvegardes, les "trucs et astuces" : Another World est d'une rare difficulté. La réussite d'un niveau se fait par un long apprentissage par l'échec. Aucun indice, rien d'autre que vous, votre manette, un brin d'intuition, de nombreux échecs et surtout beaucoup de patience... Comme le souligne très justement Erwan, la variable "frustration du joueur" si présente à l'esprit des développeurs actuels n'existe pas dans cet "autre monde". Et pourtant, on finit par avancer, tableaux après tableaux, pris dans l'histoire, curieux du devenir de notre scientifique...

Aujourd'hui grâce à la toute récente "réédition", je me suis replongé dans l'univers. Mêmes sensations, même plaisir en dépit des quinze ans passés. Je revois cette affiche mythique postée en introduction à cette note et qui aura fait rêver bon nombre de joueurs, je me remémore des scènes, évite certains pièges par réflexe, replonge dans d'autres, 15 ans ont passé et ma mémoire me joue des tours... mais je lui pardonne, car je revis l'histoire et c'est bien là le plus important.

Redécouvrir Another World, c'est se replonger dans une époque où la Frenchtouch avait un sens, quand bien même Eric Chahi se défend de son appartenance à un quelconque mouvement. Il y aura Alone in the Dark, autre de mes jeux cultes, et bien d'autres à la suite. Fervent défenseur de l'émulation comme solution incontournable à l'amnésie dont pourrait être atteint le jeux vidéo s'il ne se soucie pas dès maintenant de son histoire, je ne saurai que trop vous conseiller de télécharger le premier niveau du jeu et pourquoi pas l'acquérir pour la modeste somme de 7€.

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Vous voilà arrivé dans un autre monde... Courrez ! ou vous ne survivrez pas longtemps à la première épreuve qui vous attends... Si si, la grosse bête sur le rocher vous a bien vu.

Pour ceux à qui cette note aura donné envie d'aller plus loins, je vous conseille la lecture de l'excellente note d'Erwan, de l'article très complet posté sur wikipédia, d'une interview réalisée par Grospixels et bien sûr... du site officiel du jeu, où l'on retrouve une somme d'informations impressionnante sur la création du jeu.

Quelques mots d'Eric Chahi :

Clairement Another World est le fruit d'une improvisation ludique !
Début 1990, l'introduction était finalisée, le premier "niveau" en cours de création, mais je n'avais aucune idée de la suite des évènements, encore moins comment le jeu se finirait !

Par contre je savais précisément quoi communiquer en terme de ressenti, de vision. C'est ce qui a assuré la cohérence de l'oeuvre, ce qui a donné le cap. J'avais une ligne émotionnelle directrice, le point de départ était bien défini et en phase avec mon ressenti. Les éléments proches étaient nets et les évènements lointains flous. Créer ce jeu fut comme procéder petit à petit à une mise au point au fil de la création. Un peu comme un peintre qui commence par esquisser les choses pour les affiner progressivement.


Je crois que l'intérêt suscité par les anciens jeux dépasse le cadre purement anecdotique et la vision simpliste qui consisterait à croire qu'une vieille génération de joueurs a décidé par nostalgie de s'enliser dans le passé.
Un bon jeu est intemporel, même si 2 pixels se battent en duels, c'est l'interaction et le concept qui priment.

14/05/2006

Abigail Frett

Par delà les larges roches éparses mêlées à l'obscurité,
proche d'une ville haut perchée en équilibre précaire,
dans une maison de bric et de broc, vivait Abigail Frett,
avec ses parents, trois frères, deux chiens, et un chat.

Elle se tenait sur un pic face au vent déchaîné
qui tirait bien fort sur son cerf-volant, le repoussant d'avant en arrière.
Et quand bien même le vent l'amènerait sur la gauche, elle le ramènerait sur la droite,
se jouant des vents qui ne lui convenait pas.

Un jour, le vent changea, et son destin fît de même.
Il émergea du brouillard avec sa démarche pataude,
une vraie terreur, gigantesque, d'au moins dix mètres de haut
pleine de griffes, d'écailles pointues, et d'une centaine de dents acérées !

Il était clair à le voir ainsi débarquer, qu'il ne venait pas en paix,
mais bien pour dévorer des gens.
Aussi cruel qu'il n'y paraisse, c'est ce qu'il fit -
il dévora les parents d'Abby, les animaux et les enfants !

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La suite des aventures d'Abigail Frett, c'est ici !

01/05/2006

En vrac

Le problème de ce blog est qu'à priori, j'aurai plus de matière qu'il n'en faut pour blogger quotidiennement, mais un livre en appelant un autre, un site ouvrant sur un autre, je laisse souvent passer l'envie de faire une note après la découverte. Ce n'est pas plus mal en soit, et certainement la preuve que je ne suis pas victime de bloggite aigue, mais tout de même, je culpabilise car il y a aussi un brin de feignantise derrière tout cela.

Toujours est-il qu'entre les livres récupérés chez Delcourt la semaine dernière et mes achats de la semaine, j'ai beaucoup à lire ! Pas mal de comics d'ailleurs, avec quelques bonnes surprises comme Body Bags pour les amateurs de comics trash punk un brin dégoulinant, Smoke d'Alex de Campi et Igor Kordey, très inspiré de l'esprit Alan Moore et de V pour Vendetta en particulier, avec pour seul défaut, le dessin un peu limite de Kordey ;) Tue-moi à en crever de David Lapham, est un polar assez prenant en dépit d'un goût de déja vu dans le pitch, l'histoire d'un homme qui retrouve sa femme pendue dans son salon, et qui va tenter de se racheter auprès d'une amie d'enfance manipulatrice et dérangée. Rien de nouveau donc, mais une ambiance très années 50 qui fait qu'on se laisse facilement prendre par l'histoire. J'ai gardé le meilleur pour la fin : le deuxième tome d'Invincible et surtout Angela du grand, très grand même, Olivier Vatine, dont j'ai appris il y a quelques semaines qu'il était l'auteur des couvertures des premiers Player One, magazine culte de la fin des années 80 et du début des années 90 dont j'étais un fidèle lecteur.

Sinon, je suis tombé sur un nouveau titre de la collections Etoiles de l'image aux éditions de l'An 2 consacré à un autre grand de la bande dessinée : Emmanuel Guibert, auteur de la Fille du professeur, du Capitaine écarlate, de la Guerre d'Alan ou encore du Photographe. Après un premier titre consacré à Nicolas de Crécy, un deuxième à Jean Christophe Menu, et tout récemment à Blanquet, la collection continue son inventaire de la fine fleur de la création contemporaine. Plus d'infos ici, encore ici et .

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