30/06/2006
Tout autour de la terre (ou presque...)
Ces quelques mots sont extraits d'un carnet de voyage illustré par Christian Cailleaux, intitulé Tout autour de la terre (ou presque...). Je l'avais acheté en même temps que la réédition d'Harmattan le vent des fous, aux éditions Treize Etrange. Mais il semblerait qu'une version "solo" existe Quelques exemplaires sont d'ailleurs encore disponibles apparemment... Si ces quelques mots éveillent chez vous des images familières, ou fantasmées, réveillent des envies de voyage, procurez-vous la trilogie dont s'inspire la lettre qui suit. Mais souvenez-vous, comme le disait George Sand, qu'il ne s'agit pas tant de voyager que de partir.
Une ballade avec Felix, Mogo,
qui n’est peut être pas Felix Mogo,
ou alors il est plus que ça
ou bien encore il n’existe pas…
Monsieur le directeur,
Aujourd’hui, Parc Montsouris, j’ai vu passer un personnage qui me rappela bien des aventures et des voyages. Ma vie n’est pas encore arrivée à son terme, mais depuis des décennies je pose, dérisoire, chaque jour, un pied devant l’autre comme quelques milliards de mes contemporains. J’ai survécu à bon nombre d’entre eux et bien davantage encore me survivront. Pourtant, un seul parmi eux m’accompagne (ou me poursuit !) depuis toutes ces années.
C’est l’homme qui passait aujourd’hui Parc Montsouris.
C’est dans un autre parc que je l’ai aperçu la fois précédente. Là aussi, des arbres centenaires et de l’herbe grasse où s’asseyaient dans l’ombre les couples, alors que dans le soleil les enfants jouaient. Mais ce parc se trouve de l’autre coté de la mer et durant le long hiver il est recouvert d’une épaisse couche de neige. Et puis il y a là-bas bien plus d’écureuils qu’à Paris. Pourtant, il y était, cet homme d’aujourd’hui, passant sous le feuillage des allées. C’était au Canada, à Montréal.
Mais il me faut encore revenir en arrière…
Je l’ai connu en Afrique, en Afrique du Nord… ou était-ce quelque part ailleurs au bord de la Méditerranée ? Je me souviens d’une ville blanche qui descendait des pentes abruptes et rocailleuses jusqu’à la mer. Une ville ancienne aux ruelles sombres qui exhalaient des senteurs d’épices et d’encens.
Comme il était jeune alors. Je le voyais passer comme un rat, en guenilles, le long des murs. Mais il souriait tout le temps ! Je crois qu’il avait fui l’Europe et s’était caché dans un cargo quelconque au départ de Brest ou Marseille.
Tiens, je me souviens de lui avec des cheveux bruns… et pourtant je ne l’ai revu que blond, plus tard.
Cela fait si longtemps.
Pourtant c’est bien lui.
Nous avions visiblement le même âge, mais j’étais moins libre que lui. Il flanaît dans les ruelles comme un enfant hésitant entre l’excitation de la découverte et la crainte de s’égarer. Moi j’étais dans le cadre convenu des nations qui s’échangent ou se prêtent des jeunes hommes ambitieux pour faire du globe une usine productive. Alors je faisais des images, des photos et des dessins, comme pour percer les mystères de ce nouveau monde qui m’entourait et que je ne comprenais pas. Il me revient d’ailleurs que je n’ai aperçu Mogo qu’en ces occasions, lorsque je dessinais. Comme s’il faisait plus partie de mon imaginaire que de la réalité.
Je l’ai vu passer un jour au bras d’une jeune fille, puis il a disparu.
J’ai prononcé son nom un peu plus haut : Mogo. Plus tard j’ai pu mettre un prénom devant : Félix. Mais il serait trop simple de le réduire à un nom. Trop simple qu’il se soit égaré en Afrique…
Je ne saurais dire l’époque ni dans quelle ville se trouvait le dancing bruyant où je l’ai retrouvé après ces années de jeunesse. Je dînai à quelques tables de la sienne, où il se saoulait rageusement avec son compagnon. Un fort en gueule qui portait une effroyable veste à carreaux. J’entendais des bribes de leur conversation. Ils évoquaient les îles lointaines bercées parles doux alizés et la grâce des corps libres. Mogo pleurait presque lorsque son ami se moquait de lui et de ses illusions.
Pour la première fois, j’eus le sentiment que revoir Mogo ne devait rien au hasard.
Moi aussi je me morfondais dans cette ville grise. Une cité moderne, mais également un port, où je regardais les navires gémir et tirer sur leurs amarres le long des quais graisseux pour regagner la haute mer.
Ce soir-là, revoir Mogo m’a sauvé, car grâce à lui je me rendis compte que j’avais enfermé mes rêves dans le bocal d’une vie immobile. Je l’ai donc laissé à ses transports alcoolisés pour repartir vers la lumière. Je ne sais pas si lui même s’est immédiatement envolé vers d’autres ailleurs.
Je comprends maintenant qu’il m’a jeté à nouveau sur les routes en ranimant le souvenir de ces années anciennes pleines de jeunesse et d’insouciance.
Ah il avait bien changé la fois suivante ! Volubile et débonnaire, incongru sous le soleil d’Afrique et flanqué d’un jeune noir qui ne parlait qu’anglais. Il se faisait appeler Terry mais je n’aurai pu le confondre avec un autre. On riait dans la petite cité endormie de ce duo improbable, de ces deux américains venus chercher un trésor. Un trésor !
Alors que l’ennui commençait tout juste à rogner ma vie, même si j’avais réussi à y planter des cocotiers et des senteurs exotiques, le trublion réapparaissait pour me parler de chasse au trésor !
Il resta peu de temps, mais suffisamment tout de même pour me faire comprendre que la quête n’était pas terminée. Je compris que j’avais omis jusque-là d’y mettre une part de rêve et d’enfance.
Quelques années plus tard, il apparu à nouveau. Il avait abandonné quelques-uns des oripeaux du monde moderne et soi-disant civilisé. Il logeait dans une grande maison blanche entre le fleuve et la mer, dans le quartier gai et bruyant des pêcheurs, au cœur d’une bourgade intemporelle d’Afrique. Il avait l’air simple et apaisé de ceux qui ont trouvé une place, leur place, dans ce monde.
Est-ce vraiment cela ?
Quelques jours plus tard, je l’apercevais sur le chemin de l’aéroport. Il avait retrouvé son costume sombre et, guilleret, disparaissait jusqu’à la prochaine fois.
Existe t’il vraiment ? Est il le fruit de mon imagination ? La matérialisation de celui que j’aimerai être… Ou alors n’est qu’une succession de hasards ? Vous aurai-je seulement parlé de moi-même, me dissimulant derrière cet hypothétique Felix-Terry-Mogo ?
Serai-je un imposteur ? Vous même n’avez-vous jamais éprouvé ce sentiment ?
Toujours est-il que je l’ai revu aujourd’hui, Parc Montsouris, et je dois repartir, comme à chaque fois.
Je vous prie donc de trouver ci-joint ma lettre de démission.
Respectueusement vôtre,
Paris, septembre 2002
02:00 Publié dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : harmattan, cafe du voyageur, troisième the, cailleaux, christian, tout autour de la terre ou presque
29/06/2006
Compulsive shopper...
Voilà, c'est tout, et c'est déja pas mal ;)
02:25 Publié dans Humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beck, paranoia agent
27/06/2006
Nom de code DSL
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Statistiques de ventes au Japon (Gamekult)
Quelques photos prises ici et là :
Techniquement moins puissante que sa concurrente directe, la PSP, la DSL dispose de nombreux atouts à commencer par son prix, bien inférieur à celui de la console de Sony (149€ contre 249€). Le design, ipodisé à souhait, et sa taille réduite corrigent les erreurs de la première version. Plus ergonomique donc et plus "racée", la DSL est un must have.Mais ce qui a plus particulièrement guidé mon choix, moi qui n'avait plus réellement joué sur portable depuis la GBA et avant elle la Game Gear (oui oui vous avez bien lu ^^), c'est bien évidemment la ludothèque de la DSL et son concept unique d'écran tactile. Passé maître, sous l'égide du roi Miyamoto, dans l'art du concept vidéo ludique, Nintendo s'inscrit avec la DSL et surtout la Wii, prévue pour la fin d'année, contre la tentation "technico-technique" de Sony dont les consoles visent plus le cadre supérieur que la grande famille des joueurs, à grand renfort d'UMD, de lecteur mp3 etc. (voir à ce sujet l'excellente campagne de communication réalisée autour de la PSP blanche, impressionnant !).
La DSL, c'est donc avant tout une ludothèque pour tous les âges, avec des jeux aussi originaux qu'inédits et dont le dernier blockbuster en date est l'inévitable Programme d'entraînement cérébral du professeur Kawashima. Un phénomène qui dépasse le simple cercle des gamers, puisque parents, grands-parents en parlent et s'y mettent ! Un titre qui propulse Nintendo au coeur des familles et qui saisi surtout avec beaucoup d'acuïté tout l'enjeu du développement du jeu vidéo dans nos sociétés. Bien sûr, les sempiternels FPS (l'excellent Métroïd PH premier fps "jouable" sur console grâce à la dragonne), Mario et dérivés, et autres classiques de l'arsenal vidéoludique des consoles sont là, mais il y a bien plus. Quid de Trauma Center où vous jouerez les apprentis chirurgiens, de Phoenix Wright qui vous propulsera au coeur des tribunaux, ou d'Animal Crossing ?
Le succès de la DSL est là, dans la redécouverte du plaisir du "jeu" au delà du cercle trop fermé des gamers. On joue, on partage, on échange, et c'est bien là le principal.
Et vous, vous jouez où avec le votre ?
Ca ne vous rappelle rien ? ;)
00:55 Publié dans Humeurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : DSL, DS Lite, nintendo
23/06/2006
L'Age d'Homme
Michel Leiris, incipit de L'Age d'Homme (1939).
03:05 Publié dans Littérature et autres mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michel leiris, leiris, l'age d'homme
22/06/2006
Joe's nyc
Joseph O. Holmes fait partie des quelques photographes dont je suis quotidiennement le travail via leur photoblog. Ecrivain et photographe en freelance, Joe poste chaque jour avec une régularité que nombre de bloggeurs, à commencer par moi, envie, une nouvelle photo, prise le plus souvent dans les rues de New-York selon l'endroit où ses pas le porte. Comme Paul Auster dont l'oeuvre est toute entière inspirée par cette ville, Joe est un amoureux de New-York. Il confesse d'ailleurs que son blog n'existerait probablement pas s'il vivait dans un tout autre endroit. Né à Muncy en Pennsylvanie, il emmenage à Brooklyn en 1984 où il vit encore aujourd'hui avec sa femme et ses deux enfants. Armé d'un Nikon D70 à 6 mégapixels, il arpente les rues, photographie ruelles, monuments, passants, et scènes de vie, sans redites.
New York is an astonishingly rich subject for any photographer, on every level - its architecture, people, deeper structure. It's a thrill to successfully capture a slice of the city, not just what the city looks like, but how it feels. It's hard to imagine that I'd have a photoblog if I were living in a rural area. New York City fascinates me, every single day, whether I'm shooting or not. I hope some of my fascination comes through in my shots.
02:10 Publié dans Photographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : joe's nyc, new york, nyc, new-york, photoblog
18/06/2006
Who the fuck are Arctic Monkeys ?
Autre nouvelle, exception faite du remplacement d'Andy Nicholson par Nick O'Malley, avec la sortie d'un court métrage intitulé Scummy Man réalisé par Paul Fraser à partir de When the sun goes down. Les amateurs de Snatch auront le plaisir de retrouver Stephen Graham dans un rôle "moins niais" que le "Tommy à la botte de Turkish" (aka Jason Statham). L'histoire, c'est celle de Nina (Lauren Socha), jeune junkie prostituée de 15 ans, de son client le plus fidèle, le "scummy man" de la chanson joué par Stephen Graham, d'un magicien trop naïf et d'un chauffeur de taxi humaniste. Pour le reste, c'est encore les Arctic Monkeys qui en parlent le mieux :
And the mind wanders to those who slip between the cracks of the surface in the City at night - the underclass, or those who don't walk beneath the neon lights of the high street shopfronts. These are the people who lurk in the dark shadows over the river going out of town. It's a world where girls roam the streets, out of sight and out of mind of the moral majority. Scummy Man!! A window into that world.
I'm watching now and I'm stuck to the wall in horror. Maybe my mind is too attuned to wanting to believe this doesn't exist in the place where I live. But it does, and here it is in full-frontal widescreen grimness; the irony being that this world seems a million miles away, yet it's on the doorstep, these are the characters with which you and I share our Cities.
All of this begs the question of why and how these characters come to interact. How does our street girl come to allow herself to be bought and sold like a commodity or used car? What draws the punter to the street like a moth to a flame? How does the scummy man keep his hand on the leaver, controlling his girls like dogs on a leash, making promises, and keeping her scared and the like...? And much like the coin there's a flip side to the grim picture. Just Another Day. A glimmer of hope and a chance to step out of the shadows and back into the light. And the cars that cruise the streets might not be all you might think. All things being about perception, this underworld can be seen in a different light depending on how each person comes to experience it. Each person has a story to tell, and this is theirs...
Arctic Monkeys - When the sun goes down
17:20 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : arctic monkeys, the reverend, scummy man, when the sun goes down
12/06/2006
L'esprit nouveau
10:35 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : groupe des six, tailleferre, cocteau, leiris, honegger, durey, poulenc
05/06/2006
L'édition sans éditeurs
Cet article a paru dans les pages du journal Le Monde en 1998. Il a notamment inspiré l'ouvrage éponyme d'André Schiffrin.Les oeuvres littéraires les plus novatrices ne sauraient évidemment répondre aux critères de valeur en vigueur au moment où elles voient le jour. Aussi, rares sont les premiers lecteurs qui se sentent en affinité avec elles. Dans l'édition, l'opinion des membres du comité de lecture appelés à formuler un jugement sur le manuscrit sera, au mieux : « C'est très bien, mais ça ne se vendra pas. »
Un éditeur passionné, qui engage ses propres finances, pourra malgré tout opter pour la publication, mais ses collaborateurs hésiteront à hypothéquer leur situation future par un conseil qui entraînerait un échec commercial : plus il existera de paliers intermédiaires entre ces premiers lecteurs et le décideur et moins la maison prendra de risques. Il reste assurément une chance lorsque le patron est un héritier fidèle au souvenir du fondateur, mais cette chance s'évanouit quand, à la suite d'une restructuration financière, le nouveau dirigeant est surtout motivé par la recherche - bien légitime - du profit et d'une bonne image en Bourse.
Pour les auteurs hors norme qui seront malgré tout publiés après avoir forcé ces barrages, la mise en place automatique en librairie des exemplaires de leur livre (ce que les professionnels nomment l'« office ») repose sur un pacte de confiance - le libraire accepte de payer d'avance et de présenter au public un ouvrage dont l'éditeur lui assure qu'il en vaut la peine, tandis que l'éditeur s'engage à reprendre et à rembourser les volumes que le libraire n'aura pas vendus. L'office est le seul moyen d'introduire régulièrement dans le circuit commercial classique des livres qui n'y ont en principe pas leur place.
Il y a cinquante ans, le réseau de la librairie était constitué par de multiples entreprises indépendantes et de taille qu'on dirait aujourd'hui moyenne. Elles disposaient pratiquement du monopole du commerce des livres, en l'absence de toute concurrence sérieuse :
- les grandes surfaces (on parlait alors de grands magasins) ne présentaient pas de rayons de librairie dignes de ce nom ;
- les clubs de livres étaient alors embryonnaires ;
- les bibliothèques publiques n'offraient qu'un assortiment médiocre ;
- les établissements d'enseignement ne pratiquaient pas la photocopie ;
- sans télévision ni clubs de vacances, les Français, notamment les provinciaux, avaient tout loisir de consacrer de longues heures à la lecture.
Comme, d'un autre côté, le prix des livres n'était pas déprécié après le premier tirage par des rééditions en collection de poche et que la production des éditeurs restait modérée, les libraires pouvaient se permettre de faire de leur boutique un lieu convivial de rencontre et de conversation. Dans ce climat paisible, ils acceptaient volontiers tous les exemplaires que les éditeurs leur adressaient en office et conservaient parfois les invendus pendant des années.
Depuis lors, la situation a radicalement changé. Les éditeurs, qui jusqu'alors contrôlaient sans peine le marché, ont vu surgir au cours de ce demi-siècle de nouveaux partenaires qui se sont révélés à l'usage de moins en moins accommodants :
-les grandes surfaces proposent presque toutes aujourd'hui des livres en libre-service. La Fnac, à elle seule, avec ses cinquante succursales, atteint un chiffre d'affaires « livre » de plus de 2 milliards de francs, supérieur à celui de n'importe quel éditeur indépendant ;
- le plus important des clubs de livres, France Loisirs, riche de ses quatre millions d'adhérents, réalise un chiffre d'affaires du même ordre que la Fnac en vendant des ouvrages dont la valeur commerciale a été testée par une première carrière en librairie ;
- les bibliothèques municipales, si leurs acquisitions annuelles ne représentent qu'à peine 2 % des livres (hors scolaires) achetés aux éditeurs, ont prêté, en 1996, 145 millions de volumes, libres de tous droits d'auteur, chiffre à comparer aux 261 millions d'exemplaires, hors scolaires, vendus dans l'ensemble des canaux du livre.
En dehors du circuit commercial,
- les photocopieuses reproduisent annuellement plusieurs centaines de millions de feuillets relevant de la propriété littéraire sans que soient, là non plus, acquittés les droits d'auteur correspondants ;
- la télévision, la panoplie de l'audiovisuel et les autres formes de loisirs accaparent désormais une part importante du temps et du budget des ménages ;
- les nouvelles générations de jeunes acheteurs acquièrent essentiellement des ouvrages édités, et surtout réédités, dans des collections à bas prix dont l'économie, à l'instar de celle des clubs, est fondée sur l'exploitation rationnelle des valeurs acquises en amont.
Pour pallier la baisse des ventes des nouveautés, les éditeurs ont considérablement accru le nombre de titres qu'ils publient ; il a augmenté de 25 % au cours des deux dernières années. Les libraires indépendants, dont les charges s'en trouvent alourdies (davantage de produits avec moins de marge sur chacun d'eux) sans que leur surface de vente puisse s'étendre, supportent de plus en plus mal le poids des offices et retournent de plus en plus rapidement à l'éditeur leurs invendus. Plus le nombre de nouveautés s'accroît, plus se réduit la durée de vie de chacune d'elles.
D'une façon générale, avec un chiffre d'affaires global qui régresse malgré l'augmentation constante de la production, les résultats se détériorent, avec les conséquences suivantes :
- les librairies, qui n'ont résisté depuis 1981 à la concurrence des chaînes à produits multiples qu'en raison de la loi Lang sur le prix unique, renoncent le plus souvent à conserver en magasin les ouvrages de fond dont la rotation est faible et pressent toujours davantage les éditeurs de réduire leurs offices, au risque de rendre un jour cette pratique obsolète ;
- les éditeurs sont de moins en moins en mesure de poursuivre leur investissement sur tel ou tel auteur qui, à l'instar de bien des grands noms du passé, accuse des résultats toujours déficitaires après la parution de trois, quatre, dix livres successifs ;
- la presse écrite, qui consacre encore une large place aux nouveautés, risque de devoir bientôt partager le produit du budget de publicité des éditeurs avec la télévision, ce qui entraînera probablement une réduction du nombre de ses pages consacrées au livre ;
- enfin, le public maintient sa pression en faveur des collections à bas prix et de la lecture gratuite. Tous ces facteurs accentuent la concentration dans l'édition, la distribution et la librairie au profit des groupes financiers les plus puissants. La plupart des maisons d'édition encore indépendantes, en particulier les entreprises familiales, frappées à chaque changement de génération par de lourds droits de succession, verront au cours des prochaines années la majorité de leur capital changer de mains.
Déjà, deux groupes financiers, Hachette et Vivendi, qui dépendent l'un et l'autre d'une direction étrangère au domaine du livre, représentent ensemble beaucoup plus de la moitié du chiffre de l'édition française. Quant aux petits éditeurs proches de l'artisanat, les plus performants d'entre eux resteront nécessairement sous la coupe des maisons de distribution qui appartiendront à legs gigantesques confrères.
A terme, une telle transformation du paysage de l'édition tend inévitablement à priver de toute chance d'être lues, et par conséquent d'être publiées, les nouveautés d'exception qui ne répondent pas aux critères de valeur en vigueur au moment où elles voient le jour.
Mais qui remarque l'absence d'un auteur inconnu ?
Jérôme Lindon, PDG des Editions de Minuit depuis 1948, est décédé le 9 avril 2001. Il était notamment à l'origine de la loi sur le prix unique du livre.
16:55 Publié dans Littérature et autres mots | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jerome lindon, lindon, editions de minuit, minuit, livre, edition, l'édition sans editeurs
03/06/2006
Night Time
Michael Cho est un illustrateur canadien résidant à Toronto. Fan de super-héros et tout particulièrement d'Iron Man, il travaille le plus souvent sur commande quand il ne croque pas les ruelles de Toronto. Rien de très personnel en somme, si ce n'est un court récit de quatre pages publié sur son blog, intitulé Night Time et publié pour la première fois dans le Taddle Creek. Histoire d'une nuit au seuil de l'adolescence sur un beat volontairement irrégulier, au rythme quasi cardiaque de son héroïne, d'où un découpage très libre jouant des échelles de plans marquant les temps de l'histoire, mais aussi les respirations et les regards. Un découpage très cinématographique où la personnalité de l'auteur s'exprime dans l'étrange relation qui se lie entre les sentiments de son personnage et la nuit environnante, véritable miroir de son fort intérieur. Etonnant !Je découvre en rédigeant cette note que les archives du Taddle Creek sont accessibles en ligne. L'occasion de découvrir deux histoires de Michael Cho, Night Time, ainsi que My Name is Eunice Jung.
Disponibles aussi :
- The Portal d'Alan Hunt
- Sunset Eckler de Brett Lamb
- Bughouse de Dave Lapp
- Heinous Scabus Eaticus de Rachelle Maynard
- 21st Century Soviet Scientist Predictions de Ian Phillips
- Caught de Fiona Smyth
- Do you have any bee stories de Rajo Zakic
13:25 Publié dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michael cho, illustration, blog, comics, taddle creek




