21/07/2006

It's a small world

medium_3217510.jpgPris dans l'infiniment grand caractéristique du modèle urbain japonais, et plus généralement du modèle "humain", the bitter*girls nous ramène au rang de l'infiniment petit, là où la plus haute tour n'excède pas la taille d'un gobelet, le temple celle d'une boîte d'allumette, et le pékin moyen tout juste la taille d'un lego...

Par quel miracle me demanderez-vous ? Il s'agit en réalité d'une illusion d'optique obtenue à l'aide d'un objectif bien particulier principalement utilisé en architecture, qui écrase les perspectives et les distances, créant ainsi cet effet "miniature" que l'on retrouve ici et . Gulliver au pays de la Lilliput, the bitter*girls nous remet l'espace d'un instant au coeur de l'infiniment grand. 

medium_3827872.2.jpgAu delà de la curiosité photographique, j'apprécie tout particulièrement le travail plus conventionnel du photographe lorsqu'elle délaisse les vertiges anecdotiques de l'aérien pour la richesse des moments volés. Avec cette même philosophie poétique du détail soutenue par une esthétique très épurée, mais jamais distanciée de son sujet, elle parvient à évoquer l'inutile et l'invisible. Tout ce que celui qui marche trop vite ne prendra jamais le temps de regarder.

  Pas de cadrages extravagants donc ou de compositions révolutionnaires, mais une alchimie toute particulière où l'esthétique ne trahit jamais la poésie et la chaleur de l'instant grâce à l'attention toute particulière portée à la lumière et au jeu des couleurs. Des photos qui réchauffent le coeur et apaisent l'esprit à l'heure où tout va parfois un tout petit peu trop vite.

medium_2082486.2.jpg Parmi mes clichés favoris, il y'a la suite réalisée sur Bali dont est extraite la photo ci-contre, mais aussi celle-ci et celle-. Au fil des mises à jour, on navigue ainsi entre monuments historiques, motifs architecturaux et  jeux de lumière comme ici ou . Certaines images en appellent d'autres, comme ces fleurs qui, couleur mise à part, évoquent l'esthétisant Flower by Kenzo dont on peut encore visualiser le film publicitaire (cliquer sur français>Flower by Kenzo>En images sur la droite>Film). Mention spéciale enfin pour la peluche la plus kawai de la semaine.

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17/07/2006

Fin du week-end !

medium_skeuds_blogotheque.jpgPhilippe Dumez, auteur de nombreux livres en compagnie du Colonel Moutarde dont Le Meilleur de Moi aux éditions Dupuis, ou Johnny rien à foutre chez PLG, est aussi un fidèle rédacteur de la Blogothèque. Pas de surprises donc à la découverte de l'invité de la semaine, puisqu'il s'agit de Blutch dont on connait, outre l'immense talent, la passion pour le jazz. Auteur d'un recueil, Total Jazz, rassemblant l'intégralité des planches réalisées pour le magazine Jazzman, Blutch nous offre une sélection free jazz loin des classiques serinés à longueur de playlists... en attendant pourquoi pas un nouvel album qui si je ne m'abuse, devrait paraître à la rentrée chez Futuropolis.

Ce week-end de trois jours aura aussi été l'occasion d'attaquer de front la pile de livre qui menaçait de submerger tout l'espace de ma chambre.

medium_couv_robot01.jpgPas de grosses surprises, quelques déceptions même à commencer par l'anthologie Robot, publiée aux éditions Kami (5 volumes disponibles au Japon), qui en dépit d'un visuel de couverture attrayant, d'un projet original et surtout de quelques signatures bien connues de l'animation et de la bande dessinée dont Sho-U Tajima ou Yoshitoshi Abe, auteur de Lain, Niea_7 ou plus récemment les Ailes grises, passe complètement à côté de son sujet. "Malheureusement" indispensable donc pour la richesse et la diversité graphique représentée, mais victime à mon sens du "syndrome" Katsuya Terada illustrateur incontournable et créateur de l'excellente série Blood, mais dont la bande dessinée Saiyukiden reste pour moi un grand flop narratif totalement imbitable... Même punition pour Robot...

medium_flight3cover2_700.jpg On reste dans le domaine des revues avec cette fois une anthologie coordonnée par Kazu Kabuishi rassemblant pour la grande majorité des auteurs américains ou canadiens. Finalement assez proche de la revue angoumoisine Choco Creed, le troisième volume de Flight se révèle beaucoup plus cohérent que les précédents. Toujours orienté vers la jeunesse, le contenu reste cependant assez inégal, mélangeant auteurs confirmés et débutants. On passe ainsi du meilleur à l'anecdotique, mais on retiendra surtout l'étonnante histoire de Phil Craven qui justifie à lui seul l'achat de ce troisième numéro, comme en témoigne Kazu Kabuishi :

I think the story that will get the biggest response is Phil Craven's 'The Rescue.' We were only days away from the deadline when Phil was working round the clock at my studio to get it done, but from what I could see of it, I knew it was going to be an amazing piece of work. I knew it would be worth holding back the book to have it in there, and man, did Phil deliver. I'll also have to make mention of Israel Sanchez's 'Saturday.' It's his comic debut, and it's one of the strongest short comic stories I've ever read.


Quelques extraits sont disponibles ici et .

Au rayon des bonnes surprises, on oubliera pas de signaler les histoires de Johane Matte, Israel Sanchez, Neil Babra, Reagan Lodge, et la poésie de Matthew Forsythe. La preview complète est disponible ici, sans oublier le blog pour suivre le projet jours après jours. A noter que le quatrième numéro est en route et que les trois premiers sont accessibles via Amazon.

Bon, il est tard, la suite mardi car lundi soir je serai à l'avant première de Nausicaä au Planet Hollywood !

11/07/2006

Soviet Space Art

medium_global_full_07.11.06.4.jpgFlavorpill, hebdomadaire culturel, propose dans son dernier numéro une série d'affiches de propagande des années 50 illustrant le programme de conquête spatial soviétique. Les compositions, les couleurs, outrageusement kitsch aujourd'hui, sont fortements inspirées du constructivisme russe du début du siècle (voir à ce sujet les deux notes d'Alain Korkos sur la Boite à Images ici, et ). Une imagerie totalement désuette dont je suis particulièrement fan et qui n'est pas sans rappeler l'excellent Chinese Propaganda Posters publié aux éditions Taschen en 2003 qui rassemblait quelques 30 années d'imagerie populaire chinoise et de propagande Maoïste.

Voici le texte de présentation publié sur le site de Start Mobile, entreprise américaine spécialisée dans la diffusion d'oeuvres d'art sur mobiles, à l'origine de l'opération :

medium_header_07.11.06_full.6.jpg The Cold War (1946-1984) provided some of the most remarkable propaganda posters of the Soviet Era. Through them, great artists used color and drama to promote government policies, and applaud achievements. During this period, the Space Race provided exceptional subject material. Every mission and anniversary of key missions was commemorated, and the heroes of the Soviet space effort were often shown with workers and children in a unifying message about the strength of the Soviet system and its people.

Other recurring themes include inspirational messages based on reaching for the stars, and more general achievement posters that use space imagery along with the ‘Hammer and Sickle’ and Lenin, to suggest that supremacy in reaching for the heavens is the most noble of causes and worthy of any sacrifice.  

medium_header_07.11.06_full1.jpg Most posters were issued in small runs, 10,000 being typical, and as they were posters, most were destroyed within weeks of being posted. Original prints are very rare and collectible. Several hundred of the original artist canvases are archived at the Memorial Museum of Cosmonautics in Moscow, itself a phenomenal example of 1960’s space propaganda with its 20 foot high bronze Yuri Gagarin statue standing in a cruciform shape in front of massive stained glass window, with a shining metal spire arcing towards the sky behind a rocket. Through a partnership with them, many more of these awe inspiring images will remind one generation and connect a new one with this world changing era.

medium_header_07.11.06_full2.jpg "An art form as vital as painting, graphic design was a central preoccupation of Russian constructivism" according to art critic and conceptual artist Jonathon Keats. "These remarkable posters come out of that tradition, and powerfully illustrate why the constructivists were right to reject hierarchies in art and to create work that could communicate beyond the walls of the museum. By making these graphics available to anyone with a cellphone, START MOBILE admirably brings the constructivist project into the 21st century."

 
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06/07/2006

Le petit Monde du livre

medium_lemondefr_pet.gifLe journal Le Monde propose dans son supplément livre du 30 juin, un premier bilan de santé du secteur de l'édition pour l'année 2005. Contre la morosité des industries culturelles, le secteur enregistre une croissance de 1,8% de son chiffre d'affaire à 2,7 milliards d'€uros, et 460 millions de livres vendus soit une hausse de 2% par rapport à l'année précédente. Le livre de poche se vend bien avec une hausse des ventes en valeur de 10,6% (392 millions d'€uros, 130 millions d'exemplaires vendus) soit 14,9% du CA du secteur et 28,3% des ventes. Autre phénomène important, les droits étrangers et dérivés qui enregistrent une hausse de 6,5% et représentent 4% du chiffre d'affaire global du secteur. Côté production, rien de beau nouveau, la hausse continue, les tirages moyens augmentent, mais comme le disait le très regretté Jérome Lindon, l'édition française n'est-elle pas le seul secteur de l'économie où une hausse de l'offre répond à une baisse de la demande ?

Du côté des différents secteurs, rien de bien nouveau.  Les bons résultats du scolaire et du parascolaire contrastent avec les résultats négatifs des sciences humaines et sociales (-2,1%), des beaux livres et vie pratique (-1,3%) et surtout de la littérature (-1,6%). La jeunesse s'envole (+15,6%), et laisse la bande dessinée (+5,3%) toujours tirée par le manga (+22,9%) à distance. On attendra le rapport annuel de l'ACBD et les chiffres du SNE pour y voir un peu plus clair...

En tout cas, chez Delcourt, à priori tout va bien :)

medium_planning.2.jpgPar ailleurs, pour ceux qui n'auraient rien de prévu ce week-end, je vous invite à venir nous rendre visite à Villepinte pour la septième édition du Japan Expo. Nous serons sur le stand 66 avec tout plein d'invités. On annonce 32.000 préventes, les 60.000 m² ne devraient donc pas être de trop pour accueillir nos amis otakus ;) Le programme des animations, que je n'aurai bien entendu comme d'habitude pas le temps d'entrevoir, se trouve ici.

A part ça, la France est en finale et c'est plutôt une bonne chose.

A bientôt !

04/07/2006

Yiddishland

medium_250.2.jpgPériode estivale oblige, une trop évidente langueur s'empare du bloggueur moyen dont on sait qu'en plus de son incapacité chronique à poster régulièrement, il profitera de toutes les excuses pour poster de moins en moins ou tout du moins en faire le moins possible. De ce côté de la blogosphère et aussi étonnant que cela puisse paraître aux tous premiers fidèles de ce blog, la période estivale est l'occasion d'une recrudescence de nouveaux billets dont il me faut bien confesser que tous ne sont pas de prime nouveauté...

Je m'explique... Considérant l'équation sus-citée selon laquelle le bloggeur serait moins actif en été, j'ai décidé, de ne pas complètement céder à l'appel du soleil, et de piocher dans ma réserves de "notes inachevées". Un dénominatif derrière lequel se dissimule un fatras de notes dont j'ai entrepris l'écriture sans jamais, pour x raisons, pousser jusqu'à la publication.

Pour aujourd'hui, je vous invite à un parcours autour de la littérature Yiddish, réalisé, avec ma très humble collaboration, par mon ex-collègue de la Fnac Noisy le Grand, Elisabeth, responsable du rayon littérature étrangère.

Pour ceux que la lecture sur écran fatigue, je vous invite à télécharger la version pdf du leaflet réalisé pour l'opération.

Yiddishland

Le Yiddish, langue parlée par la communauté juive ashkénaze, est un mélange d’hébreu, d’araméen, de langues slaves, romanes et de moyen haut allemand. Elle est parlée depuis le Moyen-Âge en Europe occidentale et centrale. Dès le XIXème siècle, les juifs émigrant en Israël, en Amérique du nord ou du sud, y exportèrent leur langue, une langue vernaculaire qui a permis aux ashkénazes de lutter pour dignité et leur « reconnaissance en tant que peuple ». La littérature fut un moyen pour exprimer les aspirations d’une minorité. Les écrivains inventèrent de nouvelles formes littéraires, donnant naissance à une littérature moderne enracinée dans ses traditions mais « fascinée par l’ailleurs ».

Pour comprendre la genèse et l’histoire de la langue Yiddish

- Mots d’un peuple, peuple de mots
Miriam Weinstein
éditions Autrement

- Le Yiddish, histoire d’une langue errante
Jean Baumgarten
éditions Albin Michel

- Brasier de mots, Rachel Ertel, éd. Liana Levi
Le monde Ashkénaze raconté à travers les âges sur les chemins d'Europe, d'Amérique et d'Israel. Une réflexion sur la vie et la tentative d'anéantissement de la culture yiddish. Un livre très personnel hanté par l'absence. Rachel Ertel, grâce à ses traductions, ses essais et sa passion, contribue largement à la renaissance de la littérature yiddish en France.

Les trois précurseurs

medium_Mocher-sforim.jpegMendele Moykher Seforim (1835-1917)
La richesse polyphonique de son écriture, placée sous de multiples influences, a largement contribué à normaliser la langue yiddish. Il a décrit avec humour la vie au shtetl. Le caractère satirique de ses écrits dissimule une sensibilité aiguë tournée vers le malheur des hommes.


- Les voyages de Benjamin III, éditions Circé
Benjamin et Senderk quittent leur shteth, la pauvreté et la bêtise pour rechercher le pays du monde meilleur. Un voyage merveilleux, plein de péripéties et de déboires, au cours duquel ils évoquent les souvenirs de la vie au village. Comme un tableau de Chagall, cette fable raconte l'histoire des juifs pris dans la tourmente du XXème siècle.

medium_aleikhem.gifSholem Aleikhem (1859-1916)
Ecrivain espiègle à l’imagination débridée, ce conteur merveilleux a pratiqué l’humour juif comme personne. Considéré comme un écrivain majeur de la littérature mondiale, il lutte pour la paix par le rire.


- Le traîne savate
éditions Liana Levi

- Menahem-Mendi le rêveur, éditions Rivages
Les aventures truculentes de Menahem Mendl, narrée par la correspondance échangée par le héros et son épouse. Pierrot lunaire, optimiste incorrigible, Menahem Mendl est confronté au bon sens acide de sa femme. Burlesque, tristesse et révolte sociale font de ce livre un chef d'œuvre de tendresse et d'humour.

medium_I.L._Peretz.jpgItzhak Leibush Peretz (1852-1915)
Il adopte le yiddish en 1888 et organise en 1908 la conférence de Tchernowitz qui proclame le yiddish langue nationale juive. Son talent et son charisme font de lui le père du « romantisme bucolique ». Il est un classique de la littérature grâce à ses contes d’inspiration hassidique.


- Métamorphose d’une mélodie et autres contes et récits
éditions Albin Michel

- Le Roi des Schnorrers
Israël Zangwill
éditions Autrement

L’entre-deux guerres

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, la culture yiddish s’exprime avec vitalité et foisonnement. Isaac Bashevis Singer fut le plus célèbre écrivain yiddish entre les deux guerres. Oser Warszawski connaît lui aussi la célébrité dès les années 1920.

Dans les années 1930, on compte 11 millions d’ashkénazes dans le monde et le yiddish est leur langue politique et culturelle même si l’assimilation linguistique est en marche. Les Etats-Unis et Israël devinrent des pôles de la culture yiddish. En Europe, le nazisme et le communisme menèrent une lutte implacable contre la créativité du yiddish.

Lamed Shapiro émigra en 1906 aux Etats-Unis où il mena une vie d’errance, sacrifiant sa carrière littératire. Shalom Asch, quant à lui, vécut dans la plupart des capitales occidentales. Il nous laisse une cinquantaine d’ouvrages traitant des multiples périodes de l’histoire juive et s’intéressant à toutes les classes sociales.

medium_freres_ashkenazi.2.jpg- Les frères Ashkenazi
Isaac Bashevis Singer éditions Denoël
Une fresque historique relatant cinquante ans d'histoire polonaise à la veille de la seconde guerre mondiale à travers le destin d'hommes et de femmes déchirés par un déchaînement passionnel. Foisonnant, tumultueux, un roman d'une modernité étonnante.


medium_on_ne_peut_pas_se_plaindre.2.jpg - On ne peut pas se plaindre
Oser Warszawski
éditions Liana Levi
Dans ce récit bouleversant, Oser Warszawski raconte le périple d'un écrivian juif fuyant les rafles dans les années 1942 et 1943. Ces errances autobiographiques sont relatées avec un humour dévastateur. On sait malheureusement, que le chemin se terminera à Auschwitz en 1944…

- Et ils partirent dans la guerre
David Vogel
éditions Denoël

medium_petersbourg.jpg - Petersbourg, Varsovie et Moscou
Schalom Asch
éditions Mémoire du livre
Une  trilogie romanesque épique. L'Histoire y est dépeinte avec passion. Mais ce sont les destins des juifs, anonymes, pris dans la tourmente, qui intéressent Schalom Asch. Stefan Zweig considérait que c'était grâce à Schalom Asch que le yiddish avait pris une valeur littéraire universelle.

- Une maisonnette au bord du vestibule
éditions Albin Michel

- Anthologie de la poésie yiddish
éditions Gallimard

- New Yorkaises
Lamed Shapiro

Après guerre

Environ 75% des locuteurs du yiddish périrent durant la shoah et la littérature d’après-guerre est hantée par le génocide.

medium_singer_photograph.jpg Ainsi l’extraordinaire œuvre d’Isaac Bashevis Singer est marquée par ce désastre, qu’il évoque la Pologne ou la vie des rescapés installés à New-York . En 1978, il reçoit le Prix Nobel. On découvre alors une littérature d’une richesse insoupçonnée, longtemps méprisée.



- Le petit monde de la rue Krochmalna
éditions Gallimard,  coll. Folio
Pour Isaac Bashevis Singer, la rue Krochmalna, celle de son enfance, était une mine de personnages, un vivier où puiser histoires et anecdotes. Et puisque "les fantômes aiment le yiddish", il les met en scène dans ces quelques fables.

- Le certificat
éditions Gallimard, coll. Folio

- La corne du Bélier
éditions Stock

- Ennemie une histoire d’amour
éditions Stock

d’Agata Tuszynska :

medium_singer.jpg - Singer, paysages de la mémoire, éd. Noir sur Blanc
Agata Tuszynska, elle-même à la recherche de ses origines, eut pour guide, dans le monde des juifs polonais, I.B. Singer. Un récit en pointillé, de rencontres, de voyages, de recherches pour évoquer ce grand écrivain. Surtout ne ratez pas la cuisine littéraire de Singer !


Les contemporains

Aujourd’hui, le yiddish est considéré comme un patrimoine vivant que l’on doit étudier et transmettre. S’il n’a plus le rôle politique, économique, social et culturel qui était le sien jadis, il connaît un renouveau culturel et un dynamisme qui contredisent les prédictions pessimistes qui en faisaient une langue morte.

medium_shalev.jpg- Que la terre se souvienne
Meïr Shalev
éditions Hachette, coll.  le Livre de Poche
Meir Shalev fait partie des auteurs pour qui la quête des origines est importante. Il relate avec lyrisme et humour, les péripéties de pionniers russes installés en galilée au début du XXème siècle. Une saga foisonnante débordant d'émotions.

- Notre yiddish
Michéa Jacobi
éditions Climats

medium_joies_yiddish.jpg - Les joies du yiddish
Léo Rosten
coll. le Livre de Poche
Très vite, le yiddish a inventé des proverbes, des blagues exprimant un sens de la dérision, une gouaille subtile et drolatique, bref, une manière d'être, un sens de l'humour inégalé. Drôle, émouvant, jubilatoire, "Une mitzva : une joie !"

- Contes sages du ghetto

medium_contes.jpg - Contes du yiddishland
Ben Zimet
éditions du Seuil
Depuis de nombreuses années, Ben Zimet fait revivre le yiddish grâce aux contes et aux chansons. Il donne une voix à ses glorieux ancêtres avec humour et tendresse.



- Quoi de neuf sur la guerre
Robert Bober
éditions Gallimard, coll. Folio

- W ou le souvenir d’enfance
Georges Perec
éditions Gallimard, coll. Folio

Bonne lecture :)

03/07/2006

Street Voice

medium_63.jpgStreet Voice : Paroles de l’ombre
Traduit de l’américain par Gaëlle Erkens
Editions Verticales 2003

Street Voice est le nom d’un journal de rue crée au début des années 90 à Baltimore (Etats-Unis) et qui compte aujourd’hui 80 numéros à son actif. Rien de bien original jusque ici si ce n’est son équipe de rédaction, composée exclusivement de sans-abri, chômeurs ou junkies qui dépeignent avec un réalisme cru leurs conditions de vie, leur quotidien, leurs difficultés à s’insérer dans un système dont ils sont exclus. Une critique sociale virulente qui n’épargne pas une classe politique sacrifiant les plus démunis au profit des classes les plus aisées… Vol, racket, passage à tabac, emprisonnement, accoutumance aux drogues dures face à l’inéluctabilité de leur situation on s’étonne de voir la force et le courage qui se dégage des témoignages sélectionnés dans ce recueil. L’occasion de tendre l’oreille, de s’arrêter quelques instants près de ceux que nous ignorons quotidiennement et que nos chers politiques tentent de dissimuler. Une histoire du petit peuple de l’ombre à ne pas manquer.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, quelques mots de Curtis Price, activiste militant, fondateur de Street Voice.

Un extrait du livre trouvé sur le site du Monde Libertaire :

Il y avait une fois une prostituée appelée Dee que je venais voir régulièrement. Âgé de pas plus de 14 ans, j’ai eu ma première vraie expérience sexuelle avec cette femme noire qui devait faire des passes pour joindre les deux bouts.

Elle avait un mac, au sourire mou et désagréable, qui possédait une belle Cadillac, des chaînes et des bracelets en or, des costumes de soie et de cuir - tout cela acheté avec l’argent de Dee. C’était dans cette voiture (en toute justice celle de Dee) que Dee et moi faisions notre business [...].

Une nuit sans lune, j’ai senti un changement dans la nature généralement joyeuse de Dee. Son esprit semblait être à des milliers de kilomètres, dans un endroit qu’elle seule connaissait. Après s’être occupée de notre affaire, pendant que je remettais mes tennis, elle tourna ses yeux noircis vers moi et, pour la première fois, je réalisais, parce que la nuit sans étoiles m’en avait empêché, que son mac l’avait battue - je savais que c’était lui, ses yeux bruns me le disaient.

Avec une rage et une détermination (que je n’ai pas depuis ce temps retrouvées) affichées sur tout son visage, elle me dit : « Tony, c’est la dernière fois que ce nègre me touche encore... et je plaisante pas » avec des flots de larmes inondant ses joues. « Il me prend tout mon fric, je ne peux même pas nourrir mes enfants, payer mon loyer, ou me faire faire les ongles ou les cheveux ! Il faut que je fasse quelque chose. » M’ayant dit cela, Dee tomba dans une stupeur cocaïnée - avant de commencer notre affaire, nous avions pris quelques lignes de coke. Coke que je fournissais ; coke que je vendais en tant que star montante du ghetto - c’était ce que croyait mon esprit d’enfant battu.

Ne sachant pas quoi dire, je lui demandai ce qu’elle voulait que je fasse - jeune comme je l’étais, un enfant avec une arme, je ne mesurais pas les conséquences de mon implication dans cette histoire.

[...] Dee finit par répondre, mais elle ne répondit pas à ma question : « Il ne faut plus que ce nègre sans cœur m’approche ! S’il croit qu’il va se servir de moi pour acheter sa dope, il est malade. J’aurais jamais dû me retrouver avec ce connard... Je vais quitter ce salaud - qu’il aille se faire foutre ! »

Ayant l’impression qu’elle m’ignorait, je répétais ma question, qui était en fait une requête : « Que veux-tu que je fasse, Dee ? » Elle me sourit. M’embrassa sur la joue et dit que pour notre petite affaire, je ne lui devais rien, que je pouvais garder mon argent ; que j’étais adorable. Je lui fis mes au revoir, la remerciant, lui souhaitant le meilleur, son sourire me manquant déjà - sachant que je ne la reverrais probablement jamais.

Combien jeune et naïf, et pourtant vieux et sage, étais-je. Bien que je n’aie jamais plus posé mes yeux sur son immense sourire ou sur son corps de rêve, ce n’était pas ces choses qui faisaient qu’elle m’était si chère. C’est son esprit et son audace qui m’ont forcé à me regarder, à regarder ma propre capacité à me rebeller contre ce qui cherchait à m’emprisonner. Ce qu’elle a fait avec son mac, je l’ai fait aussi avec le monde - j’ai contesté, j’ai osé me voir comme un acteur ; comme celui qui déciderait de ses lendemains. Je me suis vu comme un être humain. [...]

Shaka N’Zinga

01/07/2006

Nouvelles de l'Est

medium_stripburger_logo.jpgA ceux qui ne fréquentent pas les allées de la bulle New-York ou les rayons des quelques librairies spécialisées diffusant leurs titres, Stripburger est un collectif d'auteurs de bande dessinée slovène créé en 1992 dans le désert éditorial de l'Europe de l'Est. Primé en 2001 au festival international d'Angoulême pour le prix du meilleur fanzine, Striburger est principalement connu dans nos contrées pour ses anthologies thématiques (Striburek, Madburger, Miniburger...) dont la dernière en date le Warburger était marqué du sceau de Blanquet qui en signait la couverture. Une revue apériodique est aussi publiée et mélange auteurs d'Europe de l'Est, signatures bien connues de la scène indépendante européenne, et actualité de la scène underground slovène.

Côté nouveautés, c'est bien évidemment le 43ème numéro de leur revue avec quelques noms bien connus des lecteurs de bande dessinée à commencer par Max Andersson dont le Bosnian Flat Dog autour de la Bosnie Herzégovine du début des années 1990 a récemment été publié par l'Association. On retrouvera aussi Tony Millionaire, ou Koren Shadmi dont le premier ouvrage en français, Cours intérieures, vient d'être publié chez l'ami Sébastien Vassant de la Boîte d'Aluminium. Mais ce n'est pas tout ! Le collectif slovène s'offre aussi pour l'occasion un nouveau site web trilingue (Français, Anglais, Slovène) et un blog pour suivre l'actualité de ce Kick-ass international comix magazine with a distinct eastern european flavor (à noter l'Alert for Metelkova du 19 juin).

Pour les plus curieux d'entre vous, je vous propose une traduction réalisée par mes soins (soyez indulgents) de l'introduction de Striburek, anthologie de la création contemporaine en Europe de l'Est. L'occasion de proposer une présentation en perspective du travail de Stripburger et de la situation de la bande dessinée dans cet obscur continent.

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