
La facilité voudrait qu'évoquant
Henri Cartier-Bresson, je vous présente sans tarder l'indispensable
recueil accompagnant l'exposition que lui consacrait en 2003 la Bibliothèque Nationale de France : "
Henri Cartier-Bresson. De qui s'agit-il ?". Mais c'est une autre exposition qui m'intéresse aujourd'hui, celle-ci organisée en début d'année par la
Fondation Cartier-Bresson consacrée aux portraits du photographe et intitulée :
le silence intérieur d'une victime consentante.
Il y'a quelque chose d'unique dans les portraits de Cartier-Bresson. Bien plus que de simples prises de vue arrachées à l'intimité d'un sujet lambda. Je cherche surtout un silence intérieur. Je cherche à traduire la personnalité et non une expression disait-il. Toute la difficulté du dialogue qui s'instaure entre le sujet et le photographe, dilemne que résume très justement Roland Barthes :
Devant l'objectif, je suis à la fois celui que je me crois, celui que je voudrais qu'on me croie, celui que le photographe me croit, et celui dont il se sert pour exhiber son art

Mais Cartier-Bresson est un portraitiste doué. C'est ainsi que nombre de ses portraits sont devenus des "classiques" attachés à leurs sujets, comme en témoigne la photo ci-contre de Jean-Paul Sartre sur le pont des Arts maintes fois reprise l'an passé dans les cérémonies et expositions ayant entouré le centenaire de sa naissance.
A leurs manière, ces portraits sont un véritable morceau de l'histoire du vingtième siècle. S'y croisent artistes (Giacometti, Matisse), écrivains (Breton, Aragon), figures politiques (Robert Kennedy), révolutionnaires (le Che, Martin Luther King Jr), ou icônes (Marylin Monroe, Coco Channel) etc. Rien d'exhaustif bien sûr, mais une certaine vision du siècle et des figures emblématiques qui en auront été, à un instant et à leur mesure, les moteurs.

Ce que j'aime dans ces portraits est un mélange de tout cela. L'homme, l'Histoire et son histoire, en un seul cliché autrement que par le prisme de son oeuvre/action qui tend le plus souvent à cannibaliser tout le reste. Certains portraits plus lisses, plus posés, brouillent les pistes. Les plus réussis sont ceux où l'incertitude et l'inattendu s'emparent du sujet et révèlent tout autre chose.
Ainsi je cherche dans chaque photo un bout d'histoire, un personnage ou une époque avec pour seul indice un portrait.
Tout un voyage...
En aparté :
- Une nouvelle fois, je me tourne vers l'Amateur d'Art, auteur d'une note, je m'en aperçois après coup, beaucoup plus juste sur le sujet. J'aime tout particulièrement sa présentation du portrait des Joliot-Curie qui est probablement un des clichés que je préfère et qui résume deux éléments clés du travail de photographe : cette idée du malaise qui rend certains clichés si fort, et la capacité à saisir l'instant, "la fulgurance de l'instant" comme il l'écrit et résumé en une citation : J'ai sonné, la porte s'est ouverte, j'ai vu ça, j'ai tiré, j'ai dit bonjour après, ce n'était pas très poli.
- Je vous conseille bien entendu l'achat du livre publié chez Thames & Hudson en début d'année intitulé : Le silence intérieur d'une victime consentante : Portraits photographiques par Henri Cartier-Bresson (disponible sur Amazon). Un bel ouvrage, bien imprimé qui, fait notable dans l'industrie du livre de photo, offre des reproductions de qualité grâce à de très beaux noirs.
- Pour les plus pressés, le Washington Post propose une galerie en ligne, intitulée Tête à tête, regroupant les portraits du photographe.
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