14/10/2006

300 - Frank Miller

medium_18662346.jpgLes guerres médiques ne sont pas le passage le plus connu de l'histoire grecque. Et pourtant, l'héroïque résistance spartiate aux Thermopyles ou la déroute perse de Salamine (Lépante avant l'heure !) restent un des meilleurs souvenirs de mon aujourd'hui lointaine vie d'étudiant en histoire. De Marathon à Platées, c'est bien plus que de résistance face à l'envahisseur perse dont il s'agit, mais bien de l'avenir de la péninsule grecque et de l'équilibre des forces entre Athènes et sa rivale Sparte. Car pour un temps, de la bataille de Platées en 479 à la guerre du Péloponnèse en 432 (la "pentékontaétie"), c'est bien Athènes qui règnera sur le monde grecque par l'entremise de la ligue de Délos formée en 477.

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Mais je plonge bien trop avant dans l'Histoire, et il me faut déja revenir quelques années en arrière pour évoquer l'adaptation au cinéma d'une des bandes dessinées de Frank Miller : 300 dont la réalisation a été confiée aux bons soins de Zack Snyder, réalisateur de L'Armée des morts, remake du Zombie de Roméro sorti en 2003.

Premier verdict : l'adaptation semble fidèle si l'on en croit ces quelques "séquences comparées" extraites de la bande annonce et de la bande dessinée. Reste que si ce premier trailer n'augure pas du navet, bien au contraire... il semble peut être déja très (trop ?) "mythologisé", plus fantastique que "péplum" sans parler de l'improbable intrigue secondaire voulue par la Warner autour de la femme du roi Léonidas.

L'enjeu du film est bien évidemment ailleurs, au coeur des Thermopyles, au plus proche de l'extrême violence d'une mêlée de soldats, du fracas des boucliers et du sable foulé par plusieurs milliers de grecs et de perses, sur la fine frontière de la réalité historique et de sa portée "mythologique". Les premières interview de Frank Miller et Zack Snyder semblent attester de la fidélité du film à l'histoire originale et à son univers...

La sortie du film est prévue pour mars 2007. En attendant, le trailer est accessible en basse résolution ci-dessous, ou en haute résolution sur le site d'Apple.


08/02/2006

Lord of War

Aujourd'hui tout est affaire de tendance, et la tendance du jour est à la croisade anti-Bush. Oubliée la faillite post 9/11 ou l'inefficace campagne pro-Kerry, la nouvelle critique branchée de la gauche américaine monte au créneau. Lorsque le succès est au rendez-vous, cela donne Goodnight, and goodluck, hélas, au royaume des Chomsky, Moore et Clooney, les élus ne sont pas légion et... autant vous épargner un bien inutile suspense, Lord of War, en dépit d'indéniables qualités n'en fait pas partie.

"Un homme sur douze est armé sur cette planète. La seule question est : comment armer les onze autres ?"

Yuri Orlov (Nicolas Cage) est un immigré d'origine Ukrainienne, juif par nécessité, à l'heure où certes on ne parle plus de guerre froide, mais encore tout de même de guerre fraîche. En plein coeur de Little Odessa, au sud-est de Brooklyn, les perspectives d'avenir ne sont guère reluisantes, et quitte à faire de grandes choses, pourquoi ne pas céder à la douce mélodie ballistique des armes ? Pris dans une fusillade, Yuri décide de consacrer sa vie à satisfaire la pulsion primaire des hommes à s'entretuer.

"Je ne souhaite la mort de personne. Je ne braque personne pour l'obliger à tirer. J'admets qu'un feu nourri est bon pour le commerce, mais je préfère que les gens ratent leur cible... pourvu qu'ils tirent."

Du producteur au consommateur. Après avoir suivi le trajet d'une balle de l'usine d'armement au corps du jeune africain dans le corps duquel elle repose, se déroule le fil des mémoires de Yuri, des premières années jusqu'à son apogée. Entre anecdote et bilan de carrière, celui-ci égrenne ses souvenirs, non sans un certain cynisme volontiers drolatique. Sans jamais réellement entrer au coeur de son sujet, Andrew Niccol survole sans analyser, distrait sans toucher et encore moins convaincre. Non que le film m'ait déplu, j'ai même plutôt passé un bon moment, simplement, le prétexte de la critique anti marchands de mort, sonne un peu creux. Là où Goodnight, and goodluck, jouant d'images d'archives et d'un scénario épuré au possible, parvenait à mobiliser le spectateur autour du double message anti-bush et anti-média qui décervelent, Lord of War créée une distance en évacuant la prise de conscience du "documentaire" pour la fiction.

On aimera le personnage de Nicolas Cage pour les mêmes raisons que l'on reprochera au film son manque de mordant : pour ce mariage voulu entre le témoignage d'une réalité concrète (s'enrichir sur le dos des pauvres en leur vendant des armes pour qu'ils s'entretuent) et les sourires qu'il nous arrache constamment. Au jeu des mémoires cyniques d'un marchand d'arme non repenti, Nicolas Cage tire son épingle du jeu à la différence d'Ethan Hawke, trop gentil garçon, trop naïf pour convaincre en agent d'Interpol intègre et droit. Volontaire sacrifié sur l'autel de la bonne morale, Vitaly Orlov, le frère de Yuri, cherche sa place dans le monde, tout comme Jared Leto qui l'incarne cherche une place dans ce film sans réellement y parvenir. Belle, lisse mais sans grande âme, Bridget Moynahan fait quant à elle les frais de la sous-exploitation de son personnage, dommage.

"Comme le dit le proverbe, est-ce que le mal triomphe lorsque les justes échouent, ou est-ce que le mal triomphe quoi qu'il arrive ?"

Au final, Lord of War est un bon film, un très bon film même si on sait lui enlever l'ambition première du message politique auquel cas, il apparait fort peu crédible. Ainsi en est-il des mentions "tiré de faits réels", ou le palmarès des plus gros marchands d'armes du monde (les cinq membres du conseil de sécurité de l'ONU, waou !), au générique de fin qui relèvent plus de l'anecdotique. Si près et pourtant si loin, c'est tout le paradoxe du film incarné dans sa toute dernière scène. Le monologue de Nicolas Cage dans son face à face avec l'agent Valentine d'Interpol sonne juste, le pathos familial beaucoup moins. Intéressant, informatif et divertissant donc, mais sans plus.

Liens
Le site officiel du film
La galerie photo d'Allociné

23/01/2006

Goodnight, and goodluck

Après avoir porté à l'écran les confessions schizophrènes de Chuck Barris, animateur télévisé des années 70 et présumé agent de la CIA, George Clooney remonte une nouvelle fois le temps et rend hommage à Edward R. Murrow, pionnier de la télévision américaine et journaliste star de la chaîne CBS, pour son combat médiatique contre le sénateur Joseph MacCarthy.

1958. Edward Murrow (David Strathairn) reçoit les honneurs de la profession. Dans l'ombre, l'homme écrase une dernière cigarette. En lieu et place des traditionnels remerciements, il livre une froide critique de la télévision, celle qui "nous divertit, nous trompe, nous appauvrit et nous isole". Epilogue avant l'heure, volontairement prophétique puis écran noir, et retour en 1953 avec l'éviction du Lieutenant Milo Radulovitch de l'US Air Force au titre des prétendues sympathies communistes de son père. Les preuves ? Une enveloppe dont personne ne semble réellement savoir ce qu'elle peut bien contenir. Conscient des entorses faites aux droits civiques par la paranoïa anti-communiste, l'équipe du magazine d'information See It Now décide de briser la loi d'équité en vigueur sur CBS et va décortiquer dans l'une de ses émissions les mécanismes de la peur mis en place par MacCarthy. Dénonciations médiatiques infondées, délation, ère du soupçon, le reportage met le doigt sur les avatars de la chasse aux sorcières... S'engage alors un bras de fer médiatique qui pour le sénateur contribuera à sa décrédibilisation, et pour Edward Murrow, à la déprogrammation de son émission du mardi soir au dimanche après midi.

Avec Goodnight, and goodluck George Clooney s'offre un film à l'esthétique remarquable tourné exclusivement en n&b, mariant images d'archives et reconstitutions habiles. Soutenu par des acteurs de grande qualité au premier rang desquels on ne manquera pas de citer David Strathairn pour sa performance, et notamment cette tension et cette large palette d'émotion qu'il réussit à communiquer dans un regard, un geste, une bouffée de cigarette. En élève appliqué George Clooney épure son propos au possible : économie des lieux, économie scénaristique aussi et c'est peut être là le seul reproche que l'on pourrait formuler à l'égard du film. Est-ce du à la l'incroyable présence de David Strathairn ou à une volonté de ne pas sortir de la trame principale ? Centré sur la joute médiatique entre le présentateur et le sénateur, le film en oublie ses seconds rôles et intrigues secondaires au point de les réléguer au rang de l'anecdotique. Quid du martyr du présentateur suicidé ou des époux Wershba ? Pour le reste, Goodnight and goodluck confirme les talents de réalisateur et d'acteur de George Clooney. On attends la suite ;)

Plus qu'un simple témoignage historique sur le MacCarthysme, Goodnight and goodluck offre une critique lucide de la politique de la peur à l'oeuvre sous la présidence de George W. Bush, ainsi que sur les dérives de la télévision à céder aux sirènes du divertissement pour tous. Un propos qui dans la France de 2006 trouve un écho tout particulier pour qui se souvient des dernières élections présidentielles et de l'avènement du Front National au second tour, ou au chapitre de la télévision qui "nous divertit, nous trompe, nous appauvrit et nous isole", de cette phrase d'Etienne Mougeotte : "ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible". La critique plane au dessus du film sans le phagociter, éclaire sans imposer, à vous de juger.

En attendant :

Goodnight, and goodluck

 

02/01/2006

Sex and the City : desperate singles ?

medium_sex_and_the_city.jpgAprès six saisons et quatre-vingt quatorze épisodes, c’en est fini de Sex and the City. Adaptée des chroniques de Candace Bushnell publiées dans le New-York Observer, la série raconte le quotidien de quatre new-yorkaises aux tempéraments et aux styles de vie radicalement différents.

Désespérément prude et fleur bleue, Charlotte aspire à fonder le foyer idéal, au contraire de Samantha insatiable dévoreuse d’homme dénuée de complexes, qui connaît et couche avec presque tout Manhattan. Miranda, en working girl boostée au speed dating, cumule les réussites professionnelles et les écueils sentimentaux quand Carrie, journaliste au New-York Star et shoppeuse complusive, cherche le grand amour entre deux paires de chez Dolce Gabana ou Manolo Blahnik. Leur point commun ? Toutes cherchent l’amour, chacune ayant bien entendu une conception toute personnelle de l’idéal masculin. C’est sur cette base que Carrie puise la matière d’une chronique hebdomadaire où, en véritable anthropologue du sexe, elle dissèque les relations hommes/femmes.

Cocktails, brunchs, défilés, soirées branchées, ou vernissages voici le décor dans lequel évoluent nos quatre trentenaires. L’upper class hype et mondaine vous ennuie ? Pas de panique, oubliez le vernis, les paillettes et les réactions outrageusement superficielles de Carrie et laissez vous emporter par les doux accords de ce quatuor insolite et parfois dissonant quand, autour d’un cosmopolitain ou d’une vodka martini, les quatre femmes les plus sexy de Manhattan abordent la question du sexe et des hommes sans retenue ni tabous. Dans une relation, à quel moment l’art du compromis devient-il compromettant ? Pour être en couple, faut-il mettre son ego au placard ? Jusqu’à quel point l’image du père compte t’elle ? Les questions abondent, et sans jamais sombrer dans l’introspection maladive, Carrie, Charlotte, Samantha et Miranda nous entraînent à leur suite dans leur trentaine, chacune avec son credo et ses incertitudes… Et si l’on peut reprocher quelques fois à la série de verser dans l’egotrip un brin superficiel, on ne peut lui enlever la franchise du ton, et la justesse avec laquelle chaque personnage se construit et évolue notamment au contact de son double masculin qu’il s’agisse de Steve, Jerry, Harry, ou de l’emblématique Mr Big. Au-delà des paillettes, il y a Miranda, peut être la plus « juste » face à la maternité et dans sa vie de famille, Samantha face à la maladie, Charlotte et son désir d’enfant, Carrie et son prince charmant…

« Another cosmopolitan ? »

Le rien à voir du jour, c'est une animation flash plutôt bien foutue qui montre par l'exemple comment la société du bonheur nous manipule. Tous jeunes, beaux, heureux et souriants ?

22/12/2005

Le roi se meurt...

Il y a certains drames qu'il vaut mieux ne pas vivre seul et ce long moment de solitude que fut King Kong ne fait pas exception à la règle. Seul, qui croire ? Untel s'était levé avant la fin quand d'autres applaudirent avec ce mélange de frénésie consumériste satisfaite et de gêne devant le peu d'entrain populaire suscité par leur soudain engouement... A l'évidence, la foule unanime qui se pressait aux portes de la salle trois heures auparavant semblait bien partagée au terme du film. Si la résurrection d'un monstre sacré de huit mètres avait de quoi déplacer les foules, les regards complices échangés avec ma voisine confirmèrent ce que trois heures de films n'avaient cessé d'exposer aux yeux de tous : en 2005 Kong ne régnait plus sur la jungle sauvage, mais sur un empire marketing sans âmes, ni talent.
 
Je ne suis pas à proprement parlé amateur de critiques acides, mais en observant le budget titanesque absorbé par le film (+ de 200 millions de dollars), je m'interroge sur le bien fondé d'une telle production. Pétri de longueurs interminables, d'effets spéciaux en carton pâte, d'angles de caméras impossibles et autres avatars du navet titanesque, King Kong ne m'a pas un seul instant transporté. Mais où me direz-vous ? Et bien je ne sais pas, j'ai un temps cru à la parodie du vieux film d'aventure, mais non... Jurassic Park ? Non plus. Au jeu du chat et de la souris entre hommes et dinosaures, Jeff Goldblum et Sam Neill m'ont plus convaincu qu'Adrian Brody et Jack Black. Simple remake alors ? Ici aussi, la déception pointe. Au terme d'un interminable voyage, nos aventuriers arrivent sur l'île où ils sont accueillis par des indigènes peu enclins à la fraternisation entre les peuples. "Une barre Nestlé petite" ? Non, décidemment nos amis indigènes adeptes du "pose ta tête ici que je la brise" ne faciliteront pas la tâche de notre expédition... et pourtant, après avoir sacrifié Naomi Watts au roi Kong, les voilà qui disparaissent pour ne plus jamais faire parler d'eux. La liste des bizarreries scénaristiques est longue, mais retenons simplement que pas un seul instant on n'y croit. Naomi Watts, qui tire pourtant son épingle du jeu, peut s'époumonner au risque de briser nos fragiles tympans, Kong en remake du macho version je crie le plus fort donc j'ai raison, peut bien briser tous les T-Rex du monde où faire de la luge dans Central Park, ce film ne m'a jamais parlé...
 
medium_ingkongk2308.gifAlors oui, Kong est une réussite d'imagerie synthétique, de même que New York 1930 est plutôt bien rendu, mais sans dresser un inventaire exhaustif de mes doléances de spectateur, vous aurez compris qu'il manque au King Kong de Peter Jackson ce petit plus qui nous avais emporté avec Sam, Frodon et quelques autres jusqu'en Mordor. Cette fois, tout en haut de la seule et unique tour du film, Naomi Watts est en pleurs, Kong est mort... Adrian Brody n'est pas loin, il saura la consoler. De l'autre côté de l'écran, c'est sans grande émotion mais avec un soupir de soulagement que l'on assiste au base jump involontaire du roi. Ouf il était temps...
 
Miss you Fay Wray.
 
Pour finir sur une petite note d'humour, direction le blog de Marie, cinéphile victime de l'effet Kong ;)

14/12/2005

Le bonheur est dans le pré

Je m'étais promis hier soir en rentrant d'écrire une note sur le dernier film de Steve Buscemi, Lonesome Jim. Et puis, la fatigue et l'intégrale de la troisième saison de Sex and the City aidant, je me suis courageusement résolu à remettre au lendemain ce que j'aurai pu faire le soir même.
 
Aujourd'hui, sans mauvaise foi aucune, je m'aperçois que je ne suis pas plus avancé et j'avoue même éprouver quelques difficultés à rédiger quoi que ce soit d'ordonné sur ce film. Non que ma mémoire ne me joue des tours, simplement, cette histoire en apparence convenue, se révèle bien plus qu'une énième quête initiatique chargée d'hollywoodisme suranné. Aussi, ne vous fiez pas au pitch un brin superficiel du mk2. Oui, Jim est un dépressif chronique sans rêves ni avenir, et l'on comprend à découvrir père, mère, frère et nièces autant que son Indiana natal, que ce retour au bercail à 27 ans n'a rien d'un retour au source. Tout au mieux un pis aller en attendant mieux, mais au fait, en attendant quoi ? Car Jim n'attend rien de la vie, sans que l'on ne sache au début vraiment bien pourquoi. "Je ne sais pas ce que je fous là, sur cette terre, dans la vie. Les gens comme moi ne devraient pas exister".
 
Sans se perdre dans les mailles de fils scénaristiques convenus, Buscemi n'épargne rien au spectateur de la réalité du quotidien et de ses horreurs banales. Ainsi Jim à son frère "Tu gagnes à peine le SMIC à 32 balais... Je suis peut être un raté, mais toi t'es une foutue tragédie", ou dans un instant vérité avec sa mère : "il y a peut être des gens qui ne devraient pas être parents". Sourires et silences gênés, car n'attendez pas de scènes de ménage, de crises ou de péripéties, Lonesome Jim est à la manière du Combat ordinaire de Manu Larcenet, l'histoire d'un homme fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'une mère pénible. Moins cynique que Chris Ware dans Jimmy Corrigan, Buscemi évite l'écueil d'une longue complainte solitaire et se joue au contraire de ses personnages avec une tendresse cruelle offrant un spectacle à la fois désespérément tragique et pourtant tellement surréaliste qu'il en devient drôle. Et puis il y a Liv Tyler qui sous les traits d'une américaine moyenne, pleine de coeur sans être très intelligente, montre la voie d'un bonheur sincère et simple sans happy end ni coups d'éclat. Le coeur de Lonesome Jim est là.
 
Plus d'infos ?
L'excellente chronique de Télérama
Le site du film

08/11/2005

Match Point de Woody Allen

Comme trop souvent, j'avais tout entendu sur ce film, du pire au meilleur. Chef d'oeuvre pour les uns, déception pour les autres, le Woody Allen se savoure chaque fois comme les grands vins, avec un mélange de plaisir et d'appréhension. Exit Manhattan et le cadre américain traditionnel de ses films, l'action de Match Point se déroule outre manche, en Angleterre en plein coeur de la haute société britannique.
 
Chris Wilton (Jonathan Rhys Meyers) est un jeune professeur de tennis plutôt séduisant, volontaire et ambitieux. Très vite, par l'entremise d'une passion commune pour l'opéra, il sympathise avec Tom Hewett (Matthew Goode), riche client du club dont il rencontre la soeur, Chloé (Emily Mortimer) visiblement pas insensible à ses charmes. S'ils échangent leurs premiers mots sur un court de tennis, c'est par l'entremise de leurs goûts musicaux, littéraires et artistiques que va se sceller leur union mais la passion sonne creux. Evoquée brièvement à l'écran, elle cède bien vite le pas à l'ascension sociale du jeune homme. Embauché dans l'entreprise de beau papa, Chris Wilton voit peu à peu sa vie changer, jusqu'au mariage, déja en ligne de mire pour toute la sainte belle famille.

Au détour de la traditionnelle réunion dominicale, Chris croise le chemin de Nola Rice (Scarlett Johansson), compagne de Tom, dans une improbable partie de ping pong, où l'un l'autre au jeu des sous-entendus se révèlent bien vite leur attirance réciproque. Le schéma traditionnel de l'amour routine miné par le goût de l'interdit et du pourquoi pas se met alors en place jusqu'au "salvateur" adultère. Pris dans les contradictions de leurs carcans sociaux respectifs et du jeu des classes qui leur est imposé, nos deux amants se perdent. Elle, dans sa rupture avec Tom et lui, dans l'amour planplan d'une inexistante (ou éteinte) passion, que l'enfant tant désiré par Chloé ne fera qu'entretenir au rythme sexuellement mécanique des périodes d'ovulation de madame.
 
A l'heure des retrouvailles, dans la Tate gallery de Londres, il est presque déja trop tard. Et si la passion renaît, c'est un temps la révélation d'un amour passion, mais très vite l'excès, en compensation d'une vie de couple au point mort. Nola aime Chris et Chris désire Nola sans toutefois parvenir à renoncer à Chloé, au statut social et à la réussite qu'elle incarne. Un temps, par l'entremise d'un ancien ami tennisman témoin de sa vie passée, il aura la liberté du choix qu'il abandonnera, peut être par lâcheté ou résignation, à une escalade inattendue vers une inéluctable logique du pire que ne pourra freiner l'enfant de Nola. Il est trop tard, le choix est fait. Délicieusement amorale, la fin, tragique, renoue avec la parabole de la chance évoquée au début du film. Woody Allen sauve son héros accablé sous le poids d'une fatalité qu'il s'est pourtant choisie.
 
Match Point est une oeuvre déroutante dont il ne faut pas chercher la qualité dans le sens strict d'une histoire, mais dans l'alchimie des rapports qui se tissent entre les différents protagonistes tout au long du film. La fin ? Il n'en coûtera à Woody Allen qu'une fable policière volontairement drôlatique, mais l'important n'est pas là. Le coeur du film est dans la froide et sèche litanie que Chris Wilton oppose à ses morts, et dans l'innocence souillée incarnée par Terence, l'enfant de Chloé. Enfin, si Jonathan Rhys Meyers séduit par l'ambiguïté de son personnage, à la fois arriviste et passionné jusqu'à l'extrême, il faut une nouvelle fois souligner la performance de Scarlett Johansson tour à tour sensuelle et séductrice, véritable femme fatale bien loin de l'innocence infantilisante de The Island, mais aussi profondément fragile et juste dans l'interprétation de son personnage. Jeu, set et match donc pour Woody Allen qui totalise avec Match Point un de ses plus beau succès dans l'hexagone avec plus de 500.000 entrées.

22/06/2005

The L word

Il et elle, ça c'est le traditionnel couplet, un gars, une fille, Chouchou et Loulou sous la couette pour une quotidienne estampillée service public. Les autres ? Silence, ou plutôt patience, car le sempiternel couple hétéro version Hélène et les garçons bat de l'aile supplanté par l'invasion gay friendly. Chaque week-end désormais, Canal+ nous offre une plongée en plein coeur d'une communauté lesbienne de Los Angeles : The L word ou Sex and the city version elle + elle. Un couple, deux amies (trop ?) proches, une séductrice, une tentatrice, et bien évidemment un couple hétéro passablement troublé dans ses convictions. Difficile de juger sur deux épisodes sans être vraiment "entré" dans la vie des personnages, ni avoir réellement pris la mesure du ton de la série. On l'espère simplement tout aussi drôle que la très New yorkaise Sex and the City, mais peut être moins superficielle, et surtout pas de clichés, pas la folle tordue maintes fois épinglées dès qu'il s'agit de nous montrer un homosexuel à la télé, pas l'éternelle icône de la culture gay, mais le simple quotidien, comme tout un chacun.

Rendez-vous donc dimanche prochain, ou à la rentrée littéraire avec le nouveau roman d'Ann Scott : Héroïne à paraître chez Flammarion. Chronique d'une double addiction sur les ruines d'une histoire fulgurantes entre "elle" et "toi". Une passion dévorante entre femmes, lorsque "tu" avais 30 ans et elle 13 de moins. Extase sexuelle, plaisir de l'héroïne, les retrouvailles 5 ans après ont le goût amer des longues années qu'il a fallu pour oublier, ou plutôt vivre avec. Du coup, lorsque "tu" reprends contact, c'est tout un mélange d'envie et d'appréhension qui au fil du temps se muent en incompréhension dans ses silences, un pas en avant, deux pas en arrière. Héroïne c'est l'histoire d'une chimère, de la douleur d'aimer à en perdre l'esprit, de la lente déliquescence d'une femme qui attend sans trop y croire le renouveau d'une passion, pour la (re)vivre encore une fois. Ecriture nerveuse, direct, le récit à posteriori tient le lecteur en haleine qui n'espère qu'une chose, que jamais cette histoire ne se réalise sans quoi tout le livre s'écroule. Le nouveau roman d'Ann Scott ne raconte pas d'histoires, il offre un instantané de passion ordinaire, presque trop intime, on lit sans oser continuer, cette histoire n'est pas la notre, mais la curiosité est là, et l'on attend la chute, un instantané donc, brut, peut être trop.

The L Word : le dimanche soir sur Canal+ 2 épisodes à partir de 20h55
Heroïne, Ann Scott, éditions Flammarion

01/03/2005

Droit de réponse : si même les années 80 nous donnent une leçon...

medium_polac.jpgEmule c'est une caverne d'Ali baba qui s'ignore, enfin non, disons simplement qu'on n'imagine jamais vraiment tout ce que l'on peut y trouver. Prenons le cas d'un internaute lambda : moi, un pc lambda : le mien, et des petits doigts agiles en quête de documents sur ce grand humoriste que fut Pierre Desproges. Tapoti, tapota, je tombe sur un zip appelé "Droit de réponse : la mort de Charlie Hebdo". Bon, clicX2, un peu de patience, et le fichier est dans mon répertoire Incoming, et là la claque, je tombe sur un de mes plus grands moments de télé depuis bien des années : je venais de découvrir Michel Polac. Jusqu'ici, ce vieux monsieur de soixante dix ans, aux tempes grisonnantes et à la retraite bedonnante, c'était un gars un peu anar dont mon ex amie libraire me parlait tout le temps, les yeux brillants, le sourire empreint d'une nostalgie indéfinissable et inacessible pour qui n'a jamais été dépucelé télévisuellement. Aujourd'hui j'ai compris...

 Droit de réponse, c'est tout ce qu'on aimerait voir à la télé et qu'on ne verra plus jamais depuis que les grands pontes du secteur se sont mis en tête que pour gagner un point d'audience il fallait en perdre un de QI. J'entends déja les plus tatillons me dire : oui mais la cinquième, les nouvelles chaines libres du cable blablabla... Non, non et non, en 24 ans d’abrutissement télévisuel, je n’avais jamais vu un tel déluge de vie, un tel bordel sur un plateau télé. Djamel, Eric et Ramzy me font rire quand ils retournent un plateau télé, mais c'est leur "boulot"… Là, ce sont des intellectuels, des artistes, qui discutent le bout de gras pour des idées. Oui, des idées, ils n’ont rien à vendre, ils ne font pas de promo, ils sont venu discuter de la fin de Charlie Hebdo. Pierre Desproges, Jacky Berroyer, Renaud, Gainsbourg, Siné, Choron, Wolinski, Cavanna, Sternberg, Jean François Kahn etc. débatent, on assiste à un vrai combat d’idée qu’on ne verrait plus à la télé.

Aujourd’hui le poste est verrouillé, la publicité devient l’élément le plus créatif, les coups de gueule sont calculés, les Ardissonants confrontent les extrêmes attendant l’incident télévisuel qui fera la gloire du zapping. Un zapping qui ne critique plus, mais relaye ce que notre curiosité voyeuriste n’a pu voir la veille. Il n’y a plus de place à la télé que pour ceux qui ont quelque chose à y vendre. les idées s’échangent, se discutent, elles ne se vendent pas, alors, quel intérêt ? Pensez qu'un homme comme Julien Gracq n'a jamais accepté de se rendre sur le plateau d'Apostrophe par peur de se compromettre dans les "paillettes" de l'audiovisuel, et il s'agissait de l'émission de Bernard Pivot ! Je n'ose imaginer quel regard il peut porter sur nos ardissonnades et autres fogièleries... Comprenons-nous bien, je ne dis pas que le PAF doit être une usine ouverte aux seuls élus dont le QI avoisinerait les 150, au contraire, la télé est un medium populaire qui doit rester ouvert à tous. Oui, tous, sans voyeurisme, ni intelligence borcardée, mais avec un certain respect du téléspectateur qui a certainement bien d'autres aspirations que celle de servir de "temps de cerveau disponible à Coca Cola".

Chers amis, il y a fort à craindre, comme le soulignait un des personnages de l'excellent film de Denys Ardant, Les Invasions barbares, qu'en certaines époques de l'histoire, l'intelligence s'absente, parfois plus longtemps qu'à d'autres,

les barbares sont à nos portes, et tout ce que je fais c'est blogger. Dramatique.

Pour ceux que Michel Polac intrigue, un texte trouvé au hasard sur internet expliquant mieux que je ne saurai le faire ce grand bonhomme que fut le créateur du Masque et la Plume, et de Droit de réponse sur TF1 (une lointaine époque...)