01/10/2006

La comédie politique

medium_comedie-politique.jpgQu'on le veuille ou non, la campagne présidentielle de 2007 est lancée.
 
Depuis plusieurs mois déja, Sarkosistes et Villepenistes avaient donné le "la" en s'écharpant publiquement à coup d'escarmouches dignes de la grande section de maternelle de l'école Jules Ferry de Mâcon. C'est depuis quelques jours au tour de la gauche d'entrer dans le bal des mesquineries souterraines et des fraternités d'apparence. Alors que la droite s'est rassemblée à l'université d'été de Marseille, la gauche post La Rochelle ergote et se perd en blabla stériles. Le clan Royal plus sûr du vote militant que des arguments de sa dirigeante ressuscite la machine à perdre. D'autres doutent des 70.000 nouveaux militants issus de la campagne internet craignant que le parti y perde son âme, sans parler de l'improbable retour, heureusement avorté, de Lionel Jospin... En somme, on débat plus aujourd'hui de personnes que d'idées, avec ce sentiment étrange pour l'humble sympathisant que je suis de voter, depuis mes dix-huit ans, plus contre la droite que pour la gauche.
 
Et pourtant, c'est bien d'idées et de perspectives que la France a besoin aujourd'hui. On a beaucoup parlé de l'exploitation de la "peur" dans la campagne de 2002, mais aussi aux Etats-Unis suite aux attentats du 11 septembre et malheureusement, à écouter les différents candidats qu'ils soient de droite ou de gauche, il semblerait que 2007 s'inscrive dans la même lignée. Tous nous parlent d'un avenir incertain, des islamistes, de guerre, de sécurité, de conflits sociaux ou migratoires, sans oublier la fameuse "rupture" qui sonne moins à mes oreilles comme une promesse d'avenir, que comme un obscur présage. La peur est le plus sûr allié des extrêmes, même déguisés. Les américains en ont encore la gueule de bois... C'est ainsi que j'ai découvert une petite vidéo réalisée par ZeFrank et reprise par pop77 dans son mix le plus récent, qui fait le bilan des 5 années écoulées outre atlantique sur les thèmes du terrorisme et du management de la peur. A contexte et situation différente, ces quelques mots sont riches d'enseignements citoyens.
 
Think about it. 
 
 

29/06/2006

Compulsive shopper...

Serait-ce la chaleur ambiante, le versement de mon solde de tout compte, la victoire des bleus face à l'Espagne ou je ne sais quelle autre fièvre, toujours est-il que ces derniers jours, je me suis fait plaisir... Petit survol de mes dernières acquisitions...
 
medium_B000EYJEI6.01.LZZZZZZZ.jpgParanoïa Agent, en édition collector. Pourquoi avoir boudé l'édition standard ? Et bien, en dépit de mes réticences habituelles pour tous les produits cheap étiquettés collector, j'ai eu la bonne surprise de découvrir dans ce coffret, un DVD bonus intéressant (si si), des cartes en quadri sur papier brillant bien imprimées, et surtout... Une mini peluche ultra kawai de Maromi. Maromi, c'est le "paranoïa agent" de la série, un petit personnage créé par l'héroïne, Tsukiko Sagi, character designer, qui lui vaudra un succès sans égal... et quelques ennuis. Sans être absolument fan des toys technoïdes, j'ai craqué sur la petite peluche. Pas d'inquiétudes toutefois sur ma santé mentale, jusque là, aucune influence notable n'a été décelée.

medium_3700091006703_g.jpgJe me suis ensuite laissé aller au plaisir de la redécouverte avec les deux premiers coffrets de la série Beck, adaptée du manga d'Harold Sakuishi. Particulièrement fan de la version papier, j'avais une certaine appréhension vis à vis du portage de la série à l'écran. Inquiétudes confirmées avec les premiers épisodes à cause d'un doublage discutable en Français, d'une animation bancale, d'un character design sans âme et d'une trame scénaristique pas toujours respectée... Ce qui me gêne finalement le plus, vient surtout de tout ce qui est suggéré dans le manga et que les producteurs ont tant bien que mal dû intégrer à l'histoire. Là où le manga nous présente Koyuki comme doué d'un timbre de voix remarquable pour son jeune âge, la série n'offre qu'un pâle ersatz de chanteur californien à peine digne d'un Blink 182 mal réveillé. L'esprit de la série s'en ressent et y perd, à mon sens, son âme et ce charme qui la rendait si particulière à ceux qui comme moi ont commencé à grattouiller à l'adolescence... Il faudra tout de même que je fasse une note afin de vous transmettre tout le bien que je pense de la version papier ;)
 
Enfin, trois ans après que le handball ne me contraigne a stopper toute activité musicale, j'ai décidé de reprendre la guitare et d'accorder à ma bonne vieille Cort et mon ampli (que je conserve pour son design incomparable) une retraite bien méritée. Fan de la première heure, j'opte pour l'inévitable Fender Telecaster... avec l'espoir secret de pouvoir me payer un jour le modèle 1952 que jouais notamment le grand Jeff Buckley. Côté ampli, ce sera un Fender Blues Junior 15 watts à lampe.

Voilà, c'est tout, et c'est déja pas mal ;)

27/06/2006

Nom de code DSL

medium_ME0000702210_2.jpgA l'origine, la DS Lite était prévue pour "l'été 2006"... Une prévision hasardeuse qui me laissait craindre, retards habituels compris, une mise en vente tardive à l'hiver 2006. Et bien non ! Officiellement le 23 juin, officieusement le 22 dans quelques magasins peu scrupuleux, la DS était belle bien là, trônant fièrement sur tous les étals et dans toutes les vitrines. Après un succès retentissant au Japon, la DS Lite, débarque en France et semble confirmer le succès de la DS première du nom.

  Support Ventes Total
1. Nintendo DS Lite 141.487 2.329.521
2. PSP 24.653 870.266
3. Nintendo DS 22.748 892.655
4. PlayStation 2 20.737 711.784
5. Game Boy Advance SP 4.642 159.437
6. Xbox 360 1.407 53.894
7. Game Boy Micro 1.294 101.036
8. GameCube 1.002 53.837
9. Game Boy Advance 20 2.805
10. Xbox 15 1.588

Statistiques de ventes au Japon (Gamekult)

Quelques photos prises ici et là :

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Techniquement moins puissante que sa concurrente directe, la PSP, la DSL dispose de nombreux atouts à commencer par son prix, bien inférieur à celui de la console de Sony (149€ contre 249€). Le design, ipodisé à souhait, et sa taille réduite corrigent les erreurs de la première version. Plus ergonomique donc et plus "racée", la DSL est un must have.Mais ce qui a plus particulièrement guidé mon choix, moi qui n'avait plus réellement joué sur portable depuis la GBA et avant elle la Game Gear (oui oui vous avez bien lu ^^), c'est bien évidemment la ludothèque de la DSL et son concept unique d'écran tactile. Passé maître, sous l'égide du roi Miyamoto, dans l'art du concept vidéo ludique, Nintendo s'inscrit avec la DSL et surtout la Wii, prévue pour la fin d'année, contre la tentation "technico-technique" de Sony dont les consoles visent plus le cadre supérieur que la grande famille des joueurs, à grand renfort d'UMD, de lecteur mp3 etc. (voir à ce sujet l'excellente campagne de communication réalisée autour de la PSP blanche, impressionnant !).

La DSL, c'est donc avant tout une ludothèque pour tous les âges, avec des jeux aussi originaux qu'inédits et dont le dernier blockbuster en date est l'inévitable Programme d'entraînement cérébral du professeur Kawashima. Un phénomène qui dépasse le simple cercle des gamers, puisque parents, grands-parents en parlent et s'y mettent ! Un titre qui propulse Nintendo au coeur des familles et qui saisi surtout avec beaucoup d'acuïté tout l'enjeu du développement du jeu vidéo dans nos sociétés. Bien sûr, les sempiternels FPS (l'excellent Métroïd PH premier fps "jouable" sur console grâce à la dragonne), Mario et dérivés, et autres classiques de l'arsenal vidéoludique des consoles sont là, mais il y a bien plus. Quid de Trauma Center où vous jouerez les apprentis chirurgiens, de Phoenix Wright qui vous propulsera au coeur des tribunaux, ou d'Animal Crossing ?

Le succès de la DSL est là, dans la redécouverte du plaisir du "jeu" au delà du cercle trop fermé des gamers. On joue, on partage, on échange, et c'est bien là le principal.

Et vous, vous jouez où avec le votre ?

Ca ne vous rappelle rien ? ;)

26/05/2006

Blablablog

"Bonjour, je peux vous être utile ?". La bloggeuse est blonde, trentenaire et travaille dans une maison d'édition bien connue des quelques bédéphiles fréquentant ce blog. Vous ne voyez toujours pas ? Princesse Capiton bien sûr, incultes de la blogosphère... Et bien les nouvelles se bousculent de son côté avec une interview people pour le journal du blogue sur France 5, et surtout, la preview de son album qui trouvera, on l'espère, éditeur à son pied... Histoire plus ou moins autobiographique de la "blonde de l'accueil", d'une trentaire solitaire, de rencontres sur internet et d'amours qui filent. Une histoire parallèle, toujours scénarisée par Sib mais dessinée par Poipoipanda, est en préparation et racontera l'histoire de Simon durant cette même année. Deux facettes d'une seule et même histoire dont on espère la trouver très bientôt chez nos amis libraires.

Et puisque l'on parle blog, petit passage obligé par les humeurs (mauvaises) de James et de la tête X. Critiques, starlettes, parades ultimes, mis à part l'absence de fils rss, j'adore ! "En France, on a pas de mangas, mais on a des idées !". Ca au moins, c'est fait.

16/05/2006

Another World

medium_anotherworld_640.jpgDécouvrant, il y a quelques semaines de cela, la note d'Erwan Cario au sujet d'Another World, je lui avais posé dans la foulée la question la plus difficile qui soit. Quels étaient ses cinq jeux préférés toutes périodes, supports et genres confondus. Une question que je me suis moi-même posée avant de réaliser l'extrême difficulté de l'entreprise... Une chose est sûre, la préselection ne pourrait faire l'économie de quelques noms, aux premiers rangs desquels on trouverait à n'en pas douter Another World d'Eric Chahi.

Il est toutefois difficile d'expliquer à posteriori l'engouement suscité par ce jeu, si on ne le resitue pas dans le contexte de sa sortie. Au début des années 90, le jeu vidéo se complait dans une certaine norme faite de 2D, de scrolling horizontal, de plateformes et de héros multi-revisités. Another World, c'est l'émergence du jeu vidéo à l'âge adulte. Ma phrase en fera sursauter plus d'un, tant il n'est pas le premier à s'adresser à un tel public. Tout vient de la démarche, de la motivation artistique dont résulte un univers étrange et profondément "immersif". L'absence de ce que l'on appellerai aujourd'hui le HUD, des cinématiques inclusent dans le déroulé scénaristique du jeu, l'enrichissement de la physique "à la Prince of Persia", et surtout une histoire sans fin, un univers à la fois ouvert et aussi mystérieux pour le joueur qu'il ne l'est pour le héros.

L'histoire en deux mots, c'est celle de Lester Chaykin, chercheur en physique des particules qui, suite à une expérience ratée, se retrouve projeté dans une dimension parallèle où, rapidement capturé, il fera la connaissance d'un alien qui l'accompagnera dans sa tentative d'évasion. Tout le reste ne sera que le résultat de vos initiatives, et il vous faudra batailler ferme pour survivre. Oubliez les sauvegardes, les "trucs et astuces" : Another World est d'une rare difficulté. La réussite d'un niveau se fait par un long apprentissage par l'échec. Aucun indice, rien d'autre que vous, votre manette, un brin d'intuition, de nombreux échecs et surtout beaucoup de patience... Comme le souligne très justement Erwan, la variable "frustration du joueur" si présente à l'esprit des développeurs actuels n'existe pas dans cet "autre monde". Et pourtant, on finit par avancer, tableaux après tableaux, pris dans l'histoire, curieux du devenir de notre scientifique...

Aujourd'hui grâce à la toute récente "réédition", je me suis replongé dans l'univers. Mêmes sensations, même plaisir en dépit des quinze ans passés. Je revois cette affiche mythique postée en introduction à cette note et qui aura fait rêver bon nombre de joueurs, je me remémore des scènes, évite certains pièges par réflexe, replonge dans d'autres, 15 ans ont passé et ma mémoire me joue des tours... mais je lui pardonne, car je revis l'histoire et c'est bien là le plus important.

Redécouvrir Another World, c'est se replonger dans une époque où la Frenchtouch avait un sens, quand bien même Eric Chahi se défend de son appartenance à un quelconque mouvement. Il y aura Alone in the Dark, autre de mes jeux cultes, et bien d'autres à la suite. Fervent défenseur de l'émulation comme solution incontournable à l'amnésie dont pourrait être atteint le jeux vidéo s'il ne se soucie pas dès maintenant de son histoire, je ne saurai que trop vous conseiller de télécharger le premier niveau du jeu et pourquoi pas l'acquérir pour la modeste somme de 7€.

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Vous voilà arrivé dans un autre monde... Courrez ! ou vous ne survivrez pas longtemps à la première épreuve qui vous attends... Si si, la grosse bête sur le rocher vous a bien vu.

Pour ceux à qui cette note aura donné envie d'aller plus loins, je vous conseille la lecture de l'excellente note d'Erwan, de l'article très complet posté sur wikipédia, d'une interview réalisée par Grospixels et bien sûr... du site officiel du jeu, où l'on retrouve une somme d'informations impressionnante sur la création du jeu.

Quelques mots d'Eric Chahi :

Clairement Another World est le fruit d'une improvisation ludique !
Début 1990, l'introduction était finalisée, le premier "niveau" en cours de création, mais je n'avais aucune idée de la suite des évènements, encore moins comment le jeu se finirait !

Par contre je savais précisément quoi communiquer en terme de ressenti, de vision. C'est ce qui a assuré la cohérence de l'oeuvre, ce qui a donné le cap. J'avais une ligne émotionnelle directrice, le point de départ était bien défini et en phase avec mon ressenti. Les éléments proches étaient nets et les évènements lointains flous. Créer ce jeu fut comme procéder petit à petit à une mise au point au fil de la création. Un peu comme un peintre qui commence par esquisser les choses pour les affiner progressivement.


Je crois que l'intérêt suscité par les anciens jeux dépasse le cadre purement anecdotique et la vision simpliste qui consisterait à croire qu'une vieille génération de joueurs a décidé par nostalgie de s'enliser dans le passé.
Un bon jeu est intemporel, même si 2 pixels se battent en duels, c'est l'interaction et le concept qui priment.

22/03/2006

Don't believe the hype

Si les mots hype, buzz, postmoderne, crypto-cool font partie intégrante du speech bobo que vous débitez à longueur de soirée, il y a fort à parier que vous êtes lecteur de Technikart. Pour son 100ème numéro, le mensuel news, culture et société nous livre son bilan de 10 ans de partouze intellectuelle. Le verdict de l'amicale des anciens combattants de l'avant garde ? "Y'a un truc qui est clair, qui est très clair. Les gens qui ont fait des trucs cools au début des années 90 avaient lu Actuel. Les gens qui ont fait des trucs cools en 95 avaient lu les Inrocks. Les gens qui ont fait des trucs cools dans les années 2000 ont lu Technikart." Détestable pour qui serait allergique à la prose trash branchouille et pourtant essentiel et souvent lucide. C'est aussi, avec Chronic'art, à peu près le seul endroit où l'on peut lire des choses censées sur le jeu vidéo qui ne soient pas le fait d'handicapés sociaux consanguins drogués au leveling. On passe donc sur l'anniversaire auto-apologétique, l'ego surdimensionné et on rempile pour 10 ans.

Pour ce qui est des lectures de mon odyssée shopping de la semaine passée, le bilan est plutôt mitigé. Laissez de côté le dernier Zep et procurez-vous Les Filles électriques et l'Enfer des concerts, de même que pour le Muerto Kid, vous pouvez aussi passer votre tour et reprendre votre bon vieux Welcome to the death club.

... et pendant ce temps là, à Marcinelle, Media Participation et Dupuis continuent à jouer à "je te tiens, tu me tiens par mes actionnaires". La bd réalité comme si vous y étiez.

07/07/2005

Pourquoi Londres ?

Pourquoi Londres ? titrait ce matin avec amertume le journal l'Equipe. Triste prémonition ou double emploi, selon. Loin des aléas du vote du Comité National Olympique, dont on critiquera à l'envie l'iniquité mais un autre jour, une cinquantaine de personnes, et peut être plus dans les heures et les jours qui viennent, prenaient le métro ce matin à Londres. Aller sans retour, même cruauté mathématique qu'en Espagne, même stupeur. Je connais la date de rédaction de mon premier billet sur mon précédent blog, le 11 mars 2004 date à laquelle paradoxalement je prenais la parole à un moment où il n'y avait plus rien à dire. Idem aujourd'hui, j'écris sans messages, je n'ai pas d'analyses géopolitiques sur la situation, personne à haïr pour cela et en même temps, ce que nous vivons aujourd'hui, nos amis dans certaines contrées du Moyen Orient le vivent quotidiennement. Ils sont si loin... L'anglais, c'est un peu notre voisin et l'attentat, le père fouettard qui vient te rappeler que la mondialisation ne t'oublie pas, même si ce n'est pas exactement ce que tu attendais comme retombées. Nous sommes les victimes tristement passives des errances de nos dirigeants et de nos errances electorales. A trop se désinteresser de la politique forcément.

Mon analyse n'a peut être pas grand sens, mais peut être qu'à moins laissé les coudées libres à nos politiques, nous n'aurions pas à subir un matin comme un autre les retombées de leurs ambitions impérialistes. On hausse le niveau d'alerte de vigipirate pour calmer les masses, mais un groupe terroriste capable de coordonner de tels attentats ne sera sûrement pas assez stupide pour traverser la manche avec 5 bombes sous le bras direction Paris par l'Eurostar. Autant attendre que l'attention baisse. C'est un peu comme la roulette russe, une fois par an, à quand notre tour ? Et que faire en attendant ? En potentielle victime fréquentant quotidiennement la station Châtelet je dirai : rien. Comme le disait un anonyme, "je travaille à Roissy, je dois y aller", voilà, espérons. En tant que citoyen, la balle est peut être plus dans notre camp, un peu plus de conscience, un peu plus d'engagement et de réflexion, ce n'est pas une recette miracle, mais un premier pas. Quid des élections de 2002 ? Quid du référendum ?

quid des élections de 2007 ?

15/06/2005

Paris brûle t'il ?

" Et toi, t'aimes le sexe ? " lançait goguenard un vieil homme hirsute, passablement éméché, passablement ébréché, à l'attention d'une innocente voyageuse. Deux têtes se tournent vers l'obscurité du rail, cet autre remonte son journal, mon voisin se détourne. J'observe, attentif. Ipod vissé aux oreilles, la vingtaine sereine, réhaussée par de jolis yeux bleus, notre héroïne jauge l'importun, sourit et répond. " Qui n'aime pas ? Mais c'est pas un peu indiscret comme question ? ", notre homme est ébranlé, mais il a réussit son coup. Là où d'autres se seraient brisé sur l'indifférence apprise de la belle, habituée aux flagorneries maladroites, lui fait mouche. " Où tu vas toi ? Moi je vais à Denfert, je me soigne tu sais ! ", notre héroïne retire ses écouteurs, écoute l'homme avec attention, et avec elle, c'est l'ensemble du wagon qui d'une oreille discrète, délaissant d'ennuyeuses lectures, écoute à son tour. Drame de ma journée, je descend à Saint Michel me privant d'une histoire.
Au fracas mental du vieil homme succède celui de la station, éternel chantier pour voyageurs endurcis. A Saint Michel on ne connait pas le repos de l'escalator moderne, on aimerait connaitre le plaisir de se laisser motoriser sur trois étages, mais la machine est capricieuse. Chaque jour un nouveau visage, trousse à outil en bandoulière s'affaire, la ratp s'excuse à longueur d'écrans pour la gêne occasionnée, mais qu'importe, même motorisé, nous courrons dans l'escalier, et puis nous ne lisons plus les écrans, sauf peut être pour constater un retard.
Dehors, c'est le même chantier. On construit, on ravale, on s'invente, on crée partout et tout le temps. Vieil homme, station, Paris, voici ma ville celle que j'aime, A l'heure où le news urbain diffusé dans le métro vante les mérites de "l'Art coach", sorte d'itinéraire prémaché dans l'art contemporain à la parisienne, j'observe mes oeuvres, j'arpente ma ville, semblable à hier, mais jamais similaire, toujours surprenante, toujours double, j'aime/je déteste, bruyante/silencieuse, belle et miséreuse. 15 juin, il pleut, à moi le sud.