13/10/2006

Constructivisme, suprématisme et réalisme socialiste

medium_135870813_73171afa59.jpg« La Révolution d'Octobre a donné une impulsion magnifique à l'art dans tous les domaines. La réaction bureaucratique, à l'inverse, a étouffé la création artistique de sa main totalitaire. Rien d'étonnant à cela ! L'art est fondamentalement émotion, il exige une sincérité totale. Même l'art courtisan de la monarchie absolue était fondé sur l'idéalisation et non sur la falsification. Tandis que l'art officiel en Union Soviétique - et il n'en existe pas d'autre là-bas - partage le sort de la justice totalitaire, c'est-à-dire le mensonge et la fraude. Le but de la justice, comme celui de l'art, c'est l'exaltation du chef, la fabrication artificielle d'un mythe héroïque. L'histoire humaine n'avait encore rien vu de semblable, tant par l'ampleur que par l'impudence. » 

Trotski Léon
, 1938, Œuvres

Les quelques images qui suivent font suite à mon précédent billet sur les affiches de propagandes entourant la conquête spatiale soviétique dans les années 50. L'occasion m'en est donné suite à la découverte d'une galerie sur Flickr entièrement consacrée aux affiches de propagande soviétiques : USSR Posters, Russian and/or Soviet propaganda & advert posters (1917 - 1991). L'occasion aussi de parler de constructivisme, de suprématisme et du réalisme socialiste à l'origine de cette riche, presque "surréaliste" (au sens premier du terme), production... 
 
La suite de ce billet ainsi qu'une sélection d'affiches pour les feignants qui rechigneraient à éplucher le diaporama Flickr, ce sera ce week-end ! 

15/08/2006

Edward Hopper

medium_selfportrait800px.jpgEn un an et demi d'existence et soixante-treize notes, je n'ai pas une seule fois trouvé le moyen de parler de mon peintre préféré : Edward Hopper. Un impair aujourd'hui réparé à la faveur de quelques notes lui étant consacré ici et là, mais j'y reviendrai par la suite.
 
J'ai découvert Hopper de la manière la plus incongrue qui soit. Assis dans le cabinet d'un radiologue, attendant quelques clichés qui tardaient à arriver, j'ai commencé par jeter un regard distrait, autant l'avouer, sur cette reproduction d'Une Chambre à New-York. Il faut dire que le plus souvent, les reproductions de peintures sont aux cabinets de médecins, ce que la musique d'ascenseur est aux grands hôtels : un navrant moment de solitude.

medium_hopper9.jpg Et puis les minutes passant, plusieurs éléments ont commencé à se mettre en place. Ce qui m'a tout d'abord surpris, c'est l'absence de réel cadrage qui confère à la scène cet étrange sentiment d'instantané, comme pris sur le vif (un motif de la "fenêtre ouverte" que l'on retrouve d'ailleurs dans nombre de ses tableaux). On imaginerait plus volontiers le peintre face à la scène, dans l'appartement ou à défaut prenant dans les contours de la fenêtre le cadre de son tableau. Mais non. Hopper se dissimule dans l'ombre et observe furtivement l'intimité de ce couple de new-yorkais.
 
Et puis il y'a cette scène de vie, ordinaire, totalement anecdotique. Le couple est au salon. L'homme feuillette son journal, en silence. On imagine assez bien l'ambiance sonore de la scène. Quelques bruits venants de l'extérieur, le vent, les arbres, les voitures de temps à autres. A l'intérieur, peut-être le lointain écho d'un poste de radio, ou mieux, pas un bruit. Simplement le papier froissé des pages du journal dont l'homme tourne les pages à intervalle régulier. Près de lui, il y'a cette jeune femme, mollement accoudée au piano, qui de son seul index, pianote. Quelques notes, sans rythme ni mélodie. Son ennui est palpable. Seule au piano, elle attend.
 
medium_Edward_Hopper_-_morning_sun.jpgComme le souligne Ivo Kranzfelder dans son livre consacré au peintre : le procédé pictural de Hopper, ainsi fut-il défini un jour, consiste à "mythifier le banal" : il est vrai qu'au dessus de la banalité des scènes de ses tableaux plane une poésie mystérieuse, presque surréelle. Toute la force de ce tableau vient de sa représentation presque parfaite de l'ennui profond et de la solitude de la grande ville, renforcée par ce sentiment d'instantané. Cette chambre comme une autre, ce couple ou un autre, et comme toujours Hopper est en retrait, en décalage. Le spectateur n'est plus un simple observateur, mais un témoin. Pas un voyeur. Il me semble que ce n'est pas son propos, trop de retenue. Juste le témoin plus ou moins consentant d'une solitude parmi tant d'autres.
 
- Pour ceux que ces quelques lignes auraient intéressé, je vous invite à consulter cette note de M. LeChieur intitulé Le peintre et la petite fille. Une introduction drôle, vivante et ludique de l'oeuvre de Hopper sur le mode "dis papa, tu lis quoi ?".
 
- Pour se plonger un peu plus avant dans l'oeuvre de Hopper, il y a aussi le livre d'Ivo Kranzfelder chez Taschen : Hopper. Le texte ne m'a pas "transporté", mais constitue une bonne introduction à la vie et l'oeuvre du peintre. Si vous connaissez d'autres titres d'ailleurs, faites-moi signe.
 
- Je vous conseille aussi la lecture de ces quelques notes de KA, sur l'indispensable blog de la Boîte à Image, consacrées à Hopper. Toujours aussi pédagogique, passionnant et truffé de curiosités. C'est ici, et .
 
- Sinon, Romain vient de finir un roman en rapport avec célèbre tableau de Hopper, Oiseaux de Nuits (Nighthawks, 1942).
 
- Enfin, direction le grand bazar de l'image : Google Image pour découvrir en vrac quelques-uns des tableaux du maitre.
 
Quelques images, parmi tant d'autres, pour finir :
 
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Night Shadows - 1921 
 
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 Hotel Room - 1931
 
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Cap Cod Morning - 1950 
  
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Rooms by the Sea - 1951

11/07/2006

Soviet Space Art

medium_global_full_07.11.06.4.jpgFlavorpill, hebdomadaire culturel, propose dans son dernier numéro une série d'affiches de propagande des années 50 illustrant le programme de conquête spatial soviétique. Les compositions, les couleurs, outrageusement kitsch aujourd'hui, sont fortements inspirées du constructivisme russe du début du siècle (voir à ce sujet les deux notes d'Alain Korkos sur la Boite à Images ici, et ). Une imagerie totalement désuette dont je suis particulièrement fan et qui n'est pas sans rappeler l'excellent Chinese Propaganda Posters publié aux éditions Taschen en 2003 qui rassemblait quelques 30 années d'imagerie populaire chinoise et de propagande Maoïste.

Voici le texte de présentation publié sur le site de Start Mobile, entreprise américaine spécialisée dans la diffusion d'oeuvres d'art sur mobiles, à l'origine de l'opération :

medium_header_07.11.06_full.6.jpg The Cold War (1946-1984) provided some of the most remarkable propaganda posters of the Soviet Era. Through them, great artists used color and drama to promote government policies, and applaud achievements. During this period, the Space Race provided exceptional subject material. Every mission and anniversary of key missions was commemorated, and the heroes of the Soviet space effort were often shown with workers and children in a unifying message about the strength of the Soviet system and its people.

Other recurring themes include inspirational messages based on reaching for the stars, and more general achievement posters that use space imagery along with the ‘Hammer and Sickle’ and Lenin, to suggest that supremacy in reaching for the heavens is the most noble of causes and worthy of any sacrifice.  

medium_header_07.11.06_full1.jpg Most posters were issued in small runs, 10,000 being typical, and as they were posters, most were destroyed within weeks of being posted. Original prints are very rare and collectible. Several hundred of the original artist canvases are archived at the Memorial Museum of Cosmonautics in Moscow, itself a phenomenal example of 1960’s space propaganda with its 20 foot high bronze Yuri Gagarin statue standing in a cruciform shape in front of massive stained glass window, with a shining metal spire arcing towards the sky behind a rocket. Through a partnership with them, many more of these awe inspiring images will remind one generation and connect a new one with this world changing era.

medium_header_07.11.06_full2.jpg "An art form as vital as painting, graphic design was a central preoccupation of Russian constructivism" according to art critic and conceptual artist Jonathon Keats. "These remarkable posters come out of that tradition, and powerfully illustrate why the constructivists were right to reject hierarchies in art and to create work that could communicate beyond the walls of the museum. By making these graphics available to anyone with a cellphone, START MOBILE admirably brings the constructivist project into the 21st century."

 
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14/05/2006

Abigail Frett

Par delà les larges roches éparses mêlées à l'obscurité,
proche d'une ville haut perchée en équilibre précaire,
dans une maison de bric et de broc, vivait Abigail Frett,
avec ses parents, trois frères, deux chiens, et un chat.

Elle se tenait sur un pic face au vent déchaîné
qui tirait bien fort sur son cerf-volant, le repoussant d'avant en arrière.
Et quand bien même le vent l'amènerait sur la gauche, elle le ramènerait sur la droite,
se jouant des vents qui ne lui convenait pas.

Un jour, le vent changea, et son destin fît de même.
Il émergea du brouillard avec sa démarche pataude,
une vraie terreur, gigantesque, d'au moins dix mètres de haut
pleine de griffes, d'écailles pointues, et d'une centaine de dents acérées !

Il était clair à le voir ainsi débarquer, qu'il ne venait pas en paix,
mais bien pour dévorer des gens.
Aussi cruel qu'il n'y paraisse, c'est ce qu'il fit -
il dévora les parents d'Abby, les animaux et les enfants !

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La suite des aventures d'Abigail Frett, c'est ici !

23/04/2006

Mondo fragile

A fureter dans les rayonnages de nos belles librairies, dont il faudra par ailleurs un jour que je vous livre mes adresses préférées, il arrive que l'on découvre de belles choses, un livre inattendu qui nous transporte et nous procure un instantané de plaisir, prolongé le soir même lorsqu'est venu le temps d'entrouvrir les pages de notre précieuse découverte du jour.

Au fil du temps et à mesure que les mots s'écoulent, notre oeil s'aiguise et démesurément, notre appétit de nouveauté grandi. Ce que cherche le grand lecteur ? De la surprise, du jamais vu, en un mot : de l'audace. Le grand lecteur, c'est un amoureux en quête perpétuelle de sensations nouvelles. Il s'informe, tâtonne, questionne, soupèse, hume la douce odeur de l'encre fraichement imprimée. Lecteur systématique et passionné, il est parfois libraire, ou éditeur. Les grands producteurs de papiers imprimés lui sont étranger et pourtant il en côtoie les plus désastreux rejetons sur les étalages des espaces contre culturels entièrement dédiés à la palette et au bien être du saint chiffre d'affaire. Relisez le célèbre article de Jerôme Lindon, L'édition sans éditeurs, publé dans le monde en 1998 (reproduit ici) ainsi que le non moins célèbre livre éponyme de Schiffrin : un bon livre est un livre qui se vend... vite, trois mois, pas plus, et quoi qu'il arrive, deux semaines après sa parution il sera dors et déja remplacé par un autre.

Naïvement, je suis de ceux qui aiment lire et qui pensent qu'il faut encourager la création, l'originalité : cette fameuse audace que tous recherchent.

Je m'aperçois que d'une simple phrase introductive sur le plaisir de lire et découvrir, je me suis bêtement laissé entrainé dans une longue digression que ne renierait pas le célèbre héros de Laurence Stern. Peut être est-ce le souffle d'Hubert Nyssen dont je lisais encore tout à l'heure les notes passionnées.

Tout cela pour vous faire partager la découverte d'un livre plus surprenant qu'audacieux : MONDOFRAGILE. Le livre est un recueil d'illustrations qui s'articule autour du travail de 24 illustrateurs japonais contemporains. Tous travaillent dans le secteur de la mode et témoignent d'une culture graphique tiraillée entre la tradition japonaise et ses folies kawaï, et l'inspiration européenne. A noter qu'un second volume a paru en fin d'année dernière toujours chez Gingko Press. Des extraits du premier volume sont disponibles en ligne.

19/04/2006

Ilana Kohn

Diplomée du Pratt Institute, Ilana Kohn est originaire de Washington. Illustratrice freelance, elle vit à Brooklyn et a notamment travaillé pour le New York Times, le LA Weekly, le Stranger, et le Washington City Paper. Mélangeant habilement peinture et collages, elle s'est rapidement créée un univers bien à elle, comme l'illustre son portfolio disponible sur son site web.

Plus d'infos ici